La sélection de Donc Acte !

Donc Acte ! ne suit pas l'actualité cinéma à la loupe. Donc Acte !, qui s'est intitulé Le cinéphobe pendant une courte période, n'a pas pour passe-temps de visionner des pelloches de cinoche. Donc Acte ! ne va pas souvent voir une œuvre en salles. L'envie est rare. Le plaisir est d'autant plus intense lorsque je suis satisfait par une rencontre du 7ème art. Certains films m'inspirent des réflexions ; c'est ce que je souhaite partager. Je ne propose pas de thèses et il m'arrive de gâcher les histoires en racontant la fin. Vu que je ne mets pas ce qui a été fait de l'invention des frères Lumière sur un piédestal et que je suis des fois moqueur, Donc Acte ! peut ne pas plaire.

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mercredi 21 décembre 2011

The Dark Knight Rises trailer

Mercredi 21 Décembre 2011
Juste pour le plaisir

L'une des spécialités sur Donc Acte ! est la critique de bande-annonce. Dès juin 2011, J'avais inauguré ce phénomène toujours et encore impopulaire pour le plus grand nombre avec une vue transversale (prouvée véridique par ceux qui ont vu les films) de la comédie française actuelle. Je n'avais pu résister à décortiquer le trailer de The Thing version 2011 pour une simple raison : 1. je ne voulais pas espérer des chimères sur la chose. Je m'étais ensuite penché sur le cas du teaser-trailer de The Dark Knight Rises. Pour rafraîchir les mémoires, cette analyse m'avait fait interpréter les événements à suivre dans la version nolanienne de la franchise Batman de la façon suivante : The Dark Knight est de retour parce qu'il le faut bien. La ville de Gotham City est en grand danger. Batman, qui avait trouvé une excuse tordue pour prendre sa retraite en endossant le rôle de bouc émissaire et justifier la couverture d'un criminel et le mensonge d'état, se fait prier sur le lit de mort de son meilleur ami (incarné par Gary Oldman), le seul policier digne de foi de Gotham City, pour reprendre du service et affronter un vilain affublé d'un masque à oxygène. J'avais rarement vu un teaser aussi peu inspirant. Christian Bale/Bruce Wayne/Batman se devait de redorer le blason d'un homme franchement imbu de lui-même en tant que riche et en tant que héros dans une meilleure bande-annonce.

L'article qui suit est l'analyse méthodique de la dernière bande-annonce en date de The Dark Knight Rises. Je me suis penché dessus afin d'essayer de cerner la façon dont les événements et le propos se goupillent dans le dernier volet de la trilogie nolanienne.


Légende de l'analyse de la bande-annonce :

en noir, la description
en vert, les remarques
en bleu, les détails techniques
en rouge, les panneaux intertitres

Bande-annonce :




Les logos de la Warner Bros., de Legendary Pictures, de DC Comics et de Syncopy s'enchaînent rapidement sur fond bleu

L'hymne américain se fait entendre. Une voix d'enfant la chante.
Un enfant apparait à l'écran. Il est dans un stade sur un terrain de football américain. Il chante face à un micro.
(Si on avait entendu une sonnerie de téléphone, l'image d'un téléphone apparaitrait)
(Si on avait entendu un mouton bêler, l'image d'un mouton bêlant apparaîtrait)
(Si on avait entendu des mouches à merde voler, l'image de Sylvio Berlusconi apparaîtrait)
Le public écoute respectueusement l'enfant chanter (ce que la démocratie américaine a de mieux offrir et à défendre va devoir affronter le pire ...).
Bane (on sait que c'est lui à cause du blabla de fans autour du film ... on sait également que personne n'est véritablement emballé que Bane, considéré comme insipide, soit le méchant du dernier opus de la trilogie nolanienne de Batman) sort d'une cage d'ascenseur (... le pire est un type affublé d'un masque à gaz sortant d'un ascenseur).
L'accent anglais de Michael Caine se fait entendre.
 Voix off de Michael Caine : "Tu m'es aussi précieux que tu l'étais à ton père et ta mère. "
 Un travelling-avant sur une table dans une pièce vide. Tout respire le fric chic. Un plateau recouvert d'une cloche en argent. En même temps que la caméra avance, une forme humaine se reflète dans la cloche. Un individu se trainant sur une canne s'arrête devant la table.
Michael Caine (sur fond bleu ; comprendre un mur peint en bleu) a la larme à l’œil : "Je leur ai juré de te protéger."
Christian Bale/Bruce Wayne a l'air circonspect.
Michael Caine : "Et je ne l'ai pas fait."
Alors que Christian Bale/Bruce Wayne pourrait acquiescer ou réconforter son ami-majordome, il reste hagard et ne laisse transpirer aucune marque de compréhension à ce que son ami-majordome lui raconte.
Image de Gotham City.
Un chant de choral d'enfants résonne sur ce plan de ville en soirée.

Coupe sèche de montage
Panneau noir
Gros bruit de taule remuée pour faire un bruit de cape

From Christopher Nolan

Travelling-avant sur une garden party devant un manoir.
Voix off inconnue : "Le maire est dans les soucis jusqu'au cou." (traduction polie)
Le maire laisse d'ailleurs si rapidement sa place au policier incarné par Gary Oldman que l'on pourrait facilement confondre l'acteur anglais pour l'élu municipal. Huit années ont passé ... on le sait à cause du blabla de fans autour du film.
Voix off identifiée : elle émet un "mhmh" d’acquiescement.
Matthew Modine : "Vraiment ?! ... mais c'est un héros"
Matthew Modine fait un geste du bras indiquant Gary Oldman qui ne dit rien face au micro sur le podium. La méprise concernant l'identité du maire est toujours de rigueur.
 Voix off identifiée : "Un héros de guerre. On est en temps de paix."
Gary Oldman reste silencieux. Il s'est trouvé une occupation sur le podium. Il déplie des feuilles de papier.
Sentant un renouveau de la mode de l’origami poindre son nez, une ombre sur le toit du manoir s'éloigne dans la pénombre.
Une voix off féminine annonce : "Vous croyez que cela va durer ..."
Un homme (je mets un billet sur Christian Bale/Bruce Wayne), de dos, s'avance dans une grande salle de réception.
Il danse avec une femme qui porte du rouge-à-ongles (rouge) et un masque noir laissant largement supposer qu'il s'agit de catwoman.
Voix de catwoman/catlady : "... Une tempête arrive, monsieur Wayne. "
Montage rapide : des policiers en uniformes d'intervention musclée sont dans un sous-sol. Une explosion en déstabilise certains. Ce grand bruit en fait se retourner d'autres qui sont (logiquement) avancés plus avant. Bane est de nouveau à l'écran. Des voix en chœur se font entendre. Elles marquent un tempo haché et allant crescendo. Bane marche dans un tunnel. (il y a de la jolie fourrure blanche sur son haut col de manteau).
Catlady finit de mettre un collier à perles autour de son cou.
Voix de catlady : "Vous et vos amis feriez mieux d'enterrer les haches de guerre ... (là, je dois dire que j'ai eu du mal à comprendre l'anglais articulé faiblement par la voix éraillée d'Anne Hathaway)"
Une explosion derrière Gary Oldman.
Un escalier dans une maison luxueuse. Du mobilier dont un fauteuil passe par dessus une rambarde du premier étage. Il manque d'écraser un quidam.
Un miroir est brisé. Un individu en costume de ville est tiré de dessous un meuble où il se cachait.
Voix de catlady : "... vous allez vous demander comment vous avez pu vivre dans un tel luxe ... alors que vous avez laisser si peu pour le reste d'entre nous."
Catlady chuchote ses derniers mots à l'oreille de Bruce Wayne ...
... qui prend ses distances.
Des prisonniers armés en uniformes orange sortent au travers d'une porte éventrée. Les jambes de Bane sont visibles au premier plan.
 Le quicker (le botteur de ballon) de l'équipe de foot lève 2 doigts au ciel. Le match s'apprête à débuter.
Bane apparaît dans une entrée du stade amenant sur le terrain.
Chritian Bale/Bruce Wayne pousse la porte d'une cellule (déjà présente dans le teaser). Il en sort et se retrouve dans une salle (présumée souterraine). Christian Bale/Bruce Wayne porte une barbe mal entretenue.
Il parle à un autre individu mal rasé.
Wayne : "Qui (je n'ai pas compris ... les voix en chœur sont devenus très fortes) ?"
Le mal rasé répond : "Rice."
Bane, à l'entrée du terrain de jeu, appuie sur un détonateur.

Gros bruit
Panneau noir 

Un  joueur de football porte le ballon. Il court pour aller marquer un touchdown (comme un essai au rugby). Derrière lui, le terrain s'effondre et ne le rattrape pas dans sa course. La série d'explosions avant la ligne de démarcation de la zone d'essai. Ward, le joueur, doit être très heureux d'avoir marqué ce jour-là.

 Fondu au noir
Voix off (une voix passant au travers d'un masque) : "Quand Gotham est réduit à l'état de cendres, ...
Christian Bale/Bruce Wayne est allongé. Son visage est en sang. Bane, en contre-plongée, finit sa phrase destinée au retraité Batman : "... cela n'a aucune importance si tu meurs." (les méchants dans ce dernier volet ont un anglais difficile à comprendre).
  
Next Summer 

Les voix en chœur ont repris du service
Marion Cotillard enlève son masque. 
Christian Bale/Bruce Wayne sourit.
Un type en costard-cravate saute du haut d'un immeuble.
Catlady marche dans une allée avec un chapeau qu'aurait pu porter Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany's.

The epic conclusion
...

Batman pointe une arme à multiples canons rayonnants. Il est assis sur sa bat-moto dans un parking.
Une pseudo-batmobile en kaki militaire se fait exploser en roulant.
Des policiers en uniformes descendent le long d'une cheminée d'usine/d'un silo en rappel.
Bane se tient les bretelles.
Joseph Gordon-Levitt passe une porte.

...
to the dark knight legend

 Batman s'apprête à en découdre avec Bane sur le parvis d'un bâtiment officiel. C'est la bagarre tout autour d'eux.
Des policiers dans un tunnel.
Un mini-tank tire sur le bâtiment officiel.
Batman et Bane se mettent des baignes.
Les policiers ont fini leur descente dans la cheminée/silo.
Ils sont arrivés dans la salle supposée souterraine où Christian Bale/Bruce Wayne était retenu captif.
3 engins de guerre roulent dans Gotham City.
L'image de la fin du teaser de juillet 2011: des hauts de buildings formant le contour de l'insigne de Batman s'effritent.

The Dark Knight ...
... Rises

Passage musical à la Inception

The legend ... (boum)
... ends (boum)

Experience it in IMAX
SUMMER 2012

Générique des personnes impliquées dans la fabrication du film balancé vite-fait


Je vais proposer un probable récit du prochain Batman en conclusion de ce trailer : Bruce Wayne semble avoir mis son costume de héros à la retraite. Harvey Dent est mort et enterré en costume de chevalier blanc. La dissimulation des crimes d'un responsable d'état a porté ses fruits. Batman devrait être impopulaire. Je suis hésitant sur ce point : soit le policier incarné par Gary Oldman se retrouve dans un sale état (dans les trailers : attaque des policiers en sous-sol + Gary à l'hôpital) avant l'ellipse temporelle, soit il est en soins intensifs au début du déclin de la paix à Gotham (il pourrait même mourir dans cet épisode). Période de paix de 8 ans mais quelque chose ne va pas. Un combat des classes pointent son nez : les riches qui prennent tout et ne laissent que des miettes aux autres sont les cibles de Bane et de Catwoman. Ils ont enrôlé des prisonniers pour se constituer une armée (ces mêmes détenus qui, dans The Dark Knight, prouvaient 8 ans auparavant que l'humanité n'était pas si mauvaise que cela au Joker ; ils n'avaient pas fait explosé le ferry rempli de bons citoyens). Bane et Catwoman font donc prisonnier des riches dont Bruce Wayne (l'intrusion dans la maison de riches/le fauteuil qui s'écrase ... le récit de ce The Dark Knight Rises a des relents de resucée de Batman le défi (Tim Burton, 1991) dans lequel le pingouin kidnappait les enfants de riches). Christian Bale/Bruce Wayne cherchera à s'échapper et à entraîner d'autres personnes avec lui pour lutter contre Bane qui a commencé à mettre en place son règne de terreur (le match de football US). Grosse baston et fin sombre pour faire de l'auteur un intello et du public une audience mature. Il ne me reste plus qu'à voir le film pour m'assurer de ma théorie.

vendredi 8 juillet 2011

Fighter

Vendredi 8 Juillet 2011
Hors du temps

David O Russell figure parmi mes réalisateurs favoris. Bien que je n'ai malheureusement pas trouvé d'intérêt à I Heart Huckabees de 2004, ses films reposent sur des pitchs amusants, bien que des fois moralement choquant, et proches des aspirations de tout à chacun. La recherche de modèles, de moyens financiers, de fierté et de respect figurent parmi ses thèmes choisis. David O Russell réussit des films drôles, émouvants et intelligents sur la prise de conscience d'éléments de vie importants pour des individus dont les repères sont confus. Il a mis en scène le sympathique Flirting with Disaster en 1996 avec Ben Stiller et le malin Three Kings en 1999 avec George Clooney, Mark Wahlberg, Ice Cube et Spike Jonze. Dans Flirting with Disaster, le personnage Ben Stiller apprend que les parents qui l'ont abandonné sont des hippies vivant dans une propriété isolée dans le désert d'Arizona avec leur autre fils biologique très irascible aux tendances meurtrières. Ils y cultivent de la drogue douce, ce qui remet en question la quête de modèles à suivre de Mel Coplin. Dans Three Kings, une troupe de soldats américains découvre les vertus de l'humanisme en Irak. Ils essaient pourtant de subtiliser à la barbe des forces armées des USA l'or du Koweit confisqué par Saddam Hussein pendant la première guerre du Golfe.

Réalisé en 2011 par David O Russell et produit par Darren Aronofsky, Fighter suit la progression d'un boxeur issu d'un milieu pauvre américain pour remporter un titre de champion de boxe international.

Micky Ward est un boxeur issu d'une famille d'ouvriers du Massachusetts. Sa mère, Alice Ward, gère maladroitement sa carrière, et, Dickie Ecklund, son frère, gloire de Lowell pour avoir mis K.O. Sugar Ray Leonard en 1978, est son entraîneur. Or, en 1993, la carrière de Micky stagne et il enchaîne les défaites. Il blâme pour cela son entourage proche qui n'éprouve aucun scrupule à le faire affronter un adversaire de catégorie supérieure pour l'argent. Battu à plate couture, Micky en conclue qu'il ne faut pas mélanger profession et famille. Il décide de voler de ses propres ailes. Il répond favorablement à un manager qui l'a sollicité. Et il entame une relation amoureuse avec Charlene Fleming, une jeune femme au caractère bien trempé qui va l'aider à s'affranchir de l'influence négative de sa mère, de ses sœurs et de son frère.

Dans Fighter, David O Russell joue habilement avec les points de vue. La focalisation est souvent remise en question : entre famille et personnes extérieures (comme Charlene), entre fans de boxe et regard détaché d'intérêt pour ce sport. La marche des deux frères côte à côte avant l'apparition du titre du film montre à la fois qu'il ne s'agit pas que d'une histoire de famille mais aussi d'une histoire de société. L'importance de l'intervention de l'équipe d'HBO pour filmer l'ancienne gloire de Lowell, Dick Ecklund, joue un rôle conséquent sur l'évolution des personnages et du récit. Ce regard critique n'existe pas au sein de la famille Ward / Ecklund et de l'entourage. Ce qui se rapporte au sujet de Fighter : la place de la famille dans une société individualiste, et, la place de l'individu dans sa famille.

Dick Ecklund et Micky Ward.

Fighter vaut pour sa partition réaliste et censée. Même si le film s'annonce comme étant humoristique et décontracté, l'ensemble tragicomique est caractérisé par un sous-texte politique et social. L'absence de culpabilisation de la pauvreté fait un bien fou au récit. La dérision est préférée pour dépeindre un milieu difficile touché par le chômage et la drogue.

La question de l'exploitation au sein de la famille et en société reste centrale. L'entreprise familiale ne met pas les individus face à leurs responsabilités individuelles, seulement face aux devoirs collectivistes. Cette petite mafia, appuyée par un membre des forces de l'ordre locale, souffre d'une pauvreté et cherche à gagner sa respectabilité en restant unie mais les points de vue extérieurs, Charlene, HBO et le manager étranger (considéré comme un exploitant de chair humaine par Alice Ward) remettent chaque personnage face à ses envies. Ceux-ci doivent tirer les leçons des intérêts extérieurs centrés sur l'individu surtout que l'addiction à la drogue du frère conduit ce personnage à faire de multiples faux-pas et à attirer des ennuis à Dickie. 


Les multiples revirements de points de vue servent également à émouvoir le spectateur. Quelques scènes à priori comiques virent au dramatique par un simple changement d'angle de caméra. Je fais référence à la scène où Christian Bale se vante, dans une crack-house, devant la caméra de HBO de sa victoire face à Sugar Ray Leonard. Cette utilisation de l'angle de vue force le respect car elle ne choque pas mais elle permet l'apitoiement, la compréhension et la tristesse. Cette intervention a lieu à la moitié du film. Le regard sur le milieu présenté jusque là s'approfondit davantage. Fighter n'est pas qu'un film sur la boxe.


Sur les richesses du film, il faut rendre grâce à David O Russell de traiter des aspects dramatiques sur un mode raisonnablement comique ; Dick Ecklund fuyant sa mère en sautant par la fenêtre alors qu'elle vient le chercher à la maison où il se drogue, le gang de sœurs dont il semble bien qu'elles soient toutes au chômage et célibataires vivant ainsi par procuration leurs propres vies, tout comme la mère vit par procuration au travers de ses fils délaissant ses filles. Le traitement humoristique de cette noirceur humaine permet de ne pas alourdir la misère sociale décrite ni de blâmer l'addiction au crack du grand frère qui est la victime responsable de sa propre mélancolie. 

-SPOILER ALERT-

Mais l'émotion prend aux tripes lorsque Dickie manque de pleurer après que son petit frère ait remporté la victoire du titre de champion. Cette magnifique histoire d'amour et familial met l'accent sur un groupe uni  acceptant une influence extérieure afin de gagner pour eux-mêmes ces titres, et non pour se vanter de leur valeur aux autres.

-FIN SPOILER ALERT-

P.S. : I Heart Amy Adams.

mardi 28 juin 2011

Public Ennemies

Lundi 27 Juin 2011
Nuit

Public Ennemies pose problème. L'affaire Dillinger est connue de tous ou presque. Le criminel à la mitraillette, braqueur de banques, fan de bobines parlantes, s'est fait coincé à la sortie d'un cinéma car sa poule l'avait dénoncé. Or le film se noue autour d'une histoire tragique d'amour impossible et de la confrontation entre le braqueur de banques et l'agent fédéral censé l'arrêter. Comment parler d'amour devant une telle drague de macho et un goût pour les belles choses chez celle qui n'est même pas celle qui va le dénoncer ? Pourquoi ouvrir le film sur deux séquences montrant à quel point ces deux zigotos sont doués avec des armes ? Il semble que le récit de ce métrage soit hors-sujet.

En outre, les tiques de mise en scène énervant de Michael Mann desservent le portrait du mitrailleur et l'intensité du film. Super-Mann pourrait se vanter d'être le spécialiste du décadrage ; on se demande dans le gunfight montrant la bande à Dillinger se faire décimer si un coin de chambre ne tire pas sur un arbre, et vice versa. Le film est gavé de gros plans insignifiants qui tremblent et de flous artistiques. Le blues des années 2000 d'Otis Taylor est utilisé pour rendre cool et funky braquages et évasion. Il me faut donc repenser Public Ennemies afin de ne pas avoir perdu 2 heures de ma vie devant une daube (j'ai zappé 20 bonnes minutes en fastforward au bas mot).

Donc, librement adapté du film de Michael Mann tourné en 2009 très emphatique et apitoyant envers les criminels, voilà comment j'aurais vu l'affaire à l'écriture d'un scénario cru et sans concessions comme tous les films sur ou avec des criminels devraient l'être :
  • Ouverture sur la rencontre de Dillinger et de sa poule qui lui pose un lapin (une des deux seules preuves d'intelligence de sa part dans cette version). Titre sur Dillinger en train de chercher la gonzesse autour de lui. Générique.
  • Edgar Hoover monte sa troupe de chasseurs de braqueurs. Entre Christian Bale. Les fédéraux se prennent une raclée face à Baby Face Nelson. Bale demande de l'aide.
  • Dillinger retrouve la poule, fait son dur, elle a peur, il lui paye un vison. Scène de sexe qui ressemble à un combat. La poule admire tous les trésors du criminel.
  • Sans transition, scène de braquage de banque, présentation de la bande à Dillinger. Fusillade avec la police. Poursuite automobile.
  • Transition voitures / course de chevaux. Scène au champ de course (la poule ne trouve pas drôle que son mec soit recherché "dead or dead"). Arrestation de Dillinger vivant.
  • Accueilli  comme un animal exotique transporté vers un zoo en Indiana, Dillinger se prend pour une star lors de la conférence de presse avant son incarcération. Procès. Évasion. (la poule n'a pas donné de nouvelles et n'en a pas demandé).
  • Dillinger, en cavale, lui téléphone. Sa poule lui dit de ne pas venir à Chicago où elle est (seconde preuve d'intelligence), et, Dillinger lui dit qu'il l'aime.
  • Christian Bale retrouve les traces de Dillinger et de Baby Face Nelson en partant de la banque où un braquage a viré en massacre. Gros gunfight. Dillinger s'en tire. Pas Baby Face Nelson ni les autres membres de la bande.
  • Dillinger retrouve sa poule conciliante qui accepte de lui acheter de l'alcool.
  • Elle se fait arrêter par la police de Chicago alors qu'elle va dans le magasin de spiritueux et ment concernant son passager clandestin par peur d'une fusillade (elle est venue en "cab").
  • Les fédéraux la récupère en mauvais état chez les poulets. La poule va en cage pour avoir abrité et aidé un fugitif.
  • John Waters fait un caméo. Et l'oubli se dilue dans le temps. Dillinger se refait auprès de deux gonzesses (dont Leelee Sobieski). L'autre volaille, une roumaine, dénonce Dillinger.
  • Il se fait abattre à la sortie d'un cinéma. La presse est au rendez-vous.
  • L'agent spécial qui l'a abattu dans le dos délivre le message de Dillinger à la poule qui a occupé les pulsions sexuelles du mitrailleur pendant 90 % du film et qui pleure car Dillinger était un gros con, et elle aussi.
  • FIN.