La sélection de Donc Acte !

Donc Acte ! ne suit pas l'actualité cinéma à la loupe. Donc Acte !, qui s'est intitulé Le cinéphobe pendant une courte période, n'a pas pour passe-temps de visionner des pelloches de cinoche. Donc Acte ! ne va pas souvent voir une œuvre en salles. L'envie est rare. Le plaisir est d'autant plus intense lorsque je suis satisfait par une rencontre du 7ème art. Certains films m'inspirent des réflexions ; c'est ce que je souhaite partager. Je ne propose pas de thèses et il m'arrive de gâcher les histoires en racontant la fin. Vu que je ne mets pas ce qui a été fait de l'invention des frères Lumière sur un piédestal et que je suis des fois moqueur, Donc Acte ! peut ne pas plaire.

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mercredi 9 mai 2012

La sélection héroïque du mercredi 9 mai 2012

La bande-annonce de Dark Shadows a le pouvoir de séduction d'un cadavre condamné à satisfaire une sorcière lubrique en balançant des vannes de situation dans les années 1970. Humour grand cru et message universel timburtonien à prévoir : la télé est l’œuvre du diable, lapider à coups de pierres Johnny Depp ne sert à rien et faire l'amour à une sorcière est regrettable. Trois conseils tirés de l'expérience du cinéaste américain.








La bande-annonce de Maman a le pouvoir de séduction de Mathilde Seigner, Marina Foïs et Josiane Balasko réunies. Même si la dernière est attachée et que les 2 autres la torturent un peu, la pelloche ne devrait pas cartonner au box office.











La bande-annonce de Sea, no sex & fun a le pouvoir de séduction de Fred Testot sans Omar, sans super-connard et sans "soirées". Autant dire qu'à se vendre comme le meilleur pote que l'on puisse avoir (dans un bistrot, dans une galère minime en Corse, dans un désespoir entre meilleurs amis, sur une plage) sans un compadre blacko, on réussit surtout à se faire ignorer au box office, au bouche à oreille, à l'intérêt général et à l'intérêt particulier. Comme quoi, en France, sans un black, c'est plus compliqué de se faire remarquer.






La bande-annonce de Chercher le garçon a le pouvoir de séduction d'une femme qui ne trouve pas un homme pour partager sa vie avec elle. Conseil du rédacteur de ce blog après le succès d'Intouchables : avoir un pote black pour l'aider à trouver l'homme de sa vie.

dimanche 11 décembre 2011

La Neuvième porte

Dimanche 11 Décembre 2011
Quand on aime, on ne compte pas ... les fans que l'on a

L'énigme et le livre, le protagoniste intéressé par l'argent, et le jeu de manipulation ... le film jumeau de The Ghost Writer

Tout le texte est en spoiler alert ... il faut avoir vu le film pour lire cet article


La neuvième porte, Roman Polanski, 1999, Espagne-France-USA.

Résumé : La neuvième porte est un ouvrage littéraire censé être écrit par le diable. Il permettrait d'entrer en contact avec le Malin. Seuls 3 exemplaires existent. Boris Balkan (Frank Lagella) en possède une copie mais elle ne fonctionne pas. Il engage donc Corso, un chercheur de livres rares pour collecteurs fortunés, afin de vérifier l'authenticité de La neuvième porte en le comparant aux 2 autres. Au fil des examens, Corso va découvrir un mécanisme qui requiert l'acquisition des 3 volumes de La Neuvième porte afin que le passage vers l'enfer s'ouvre. Les propriétaires étant réfractaires à la vente de leurs originaux, Balkan demande à Corso d'utiliser tous les moyens requis pour satisfaire ses convoitises.

Dans La neuvième porte, l'emphase habituelle avec le protagoniste principal est à mettre de côté. Il faut prendre le personnage de Corso avec du recul (même si Johnny Depp l'interprète ... sur ce coup il est acteur, et non star). Car Corso est un personnage critiqué par les auteurs de La Neuvième porte. Corso, refourgueurs de livres anciens (certains diraient), est roublard, voleur, escroc, menteur et profiteur. Il tient à lui-même plus qu'à autre chose. Il négocie son pourcentage sans arrangement possible avec son seul ami. Il ne s'inquiète pas de scrupules. Il pratique une concurrence déloyale. Lors de sa rencontre avec Boris Balkan, il accepte son chèque sans regarder le montant car il sait que Boris Balkan est un client qui paye bien (et c'est pour cela que Corso accepte son offre). Pour que Corso sorte le chèque de sa poche et prenne connaissance du montant, il faut que Balkan souligne l'importance de la réussite de sa mission en faisant remarquer le nombre qu'il a écrit sur ce mode de paiement. De façon quasi-imperceptible, Roman Polanski fait jouer un éclairage subtile (éclairant le visage de Corso lorsqu'il déplie le chèque et disparaissant lorsqu'il le replie ... comme pour l'exemplaire La neuvième porte de Balkan) pour souligner le seul intérêt de Corso dans la vie. Corso est un "de ces agités faméliques dont se méfiait Jules César, et qui poignarde leurs amis dans le dos" d'après Balkan, un individu peu recommandable. La nature de Corso en fait une proie et un élu pour le Malin.

Witkin, un confrère professionnel, dit de Corso qu'il est une crapule obsédée par le fric

... entre autres choses ...

...

Ce qui se vérifie de la bouche de Corso ... Seul l'argent l'intéresse ...

... au contraire des diableries qui manquent de le faire ronfler

Comptant se garder le diable pour lui tout seul, Boris Balkan est satisfait ...

Il n'a confiance qu'en les individus dont il peut acheter la loyauté

Corso, lui, se fait manipuler par le diable. Elle a trouvé une cible plus intéressante que tous les satanistes qui lui vouent un culte. Elle laisse Balkan (magnifique personnage qui a déjà la fortune et qui recherche encore et vainement un sentiment de puissance) s’immoler et les satanistes s'entretuer alors qu'ils ne désirent qu'entrer en contact avec elle. Il s'agit d'une ironie dramatique dont sont victimes les apprentis du culte de Satan. Le gagnant est le malin en personne. La Baronne Kessler a passé sa vie à essayer de recréer l'expérience de sa rencontre avec le diable : au prix de se retrouver en chaise roulante et de périr dans les flammes. Les Telfer, Bernie le libraire, la Barone Kessler, Victor Fargas et Balkan meurent. Mais le diable, elle (Emmanuelle Seigner), n'a que faire des olibrius qui sont prêts à tout pour s'attirer ses faveurs. Le diable commande. L'homme ne PEUT pas ordonner au diable ses actions. Le diable séduit, et non l'inverse. On croirait être en charge des choses lorsque l'on plonge du côté obscur alors que c'est le côté obscur qui engloutit sans demander de reste.

Le diable ...

... pose sa marque sur sa cible

Ainsi le diable sauve et protège Corso des satanistes qui lui veulent du mal. Corso n'est pas protégé pour qu'il punisse les satanistes mais pour qu'il assiste au déballage de folie humaine qui conduit les individus à tuer, voler, mentir, corrompre pour elle. Elle montre à Corso à quel point elle a de la valeur, quel est le prix à payer pour entrer en contact avec elle, quel sacrifice les humains sont prêts à faire pour la séduire. Mais surtout, elle se garde Corso pour elle-même. C'est lui qu'elle veut avant tout. Corso n'a rien à faire du diable et des diableries mais Corso ne fait pas non plus grand cas de sa propre âme ; c'est la raison pour laquelle le diable désire l'acquérir. Au fond, Corso est facile à corrompre.

Elle lui mâche le travail

Aucun danger ne peut inquiéter Corso

Elle empêche Corso de s'empêtrer dans les histoires de satanistes ... elle veut qu'il y ait le plus de victimes possibles

... s'entretuer ...

... et se sacrifier en son nom

Un héros traditionnel se serait sorti de ce piège et aurait sauvé Balkan et bien d'autres (qui auraient reconnu leurs erreurs, blablabla ...)

Le diable séduit dans une chevauchée de Corso proche du viol ...

... et indique à Corso la voie ...

... parce qu'elle veut l'âme de cet individu qui la vend au plus offrant sur Terre

La voie est dégagée et le voyage est connu, le choix moral reste le sujet central de La Neuvième porte. Le code 666, les 3 livres, les 9 gravures, 3 d'entre elles par livre sont signées LCF alias Lucifer, tous ces indices transparents montrent que le thriller n'est pas le genre du film. Roman Polanski continue de s'en prendre aux satanistes dans une tragédie à l'humour grinçant et aux allures d'enquête policière. Comme dans Rosemary's Baby, Roman Polanski fait sentir la gravité du culte satanique (la mort et l'aliénation) et les tourne en dérision (voir les vêtements et les manières des voisins dans le film de 1968, et, les habits et les attitudes de Tefler et de son majordome dans le métrage de 1999).

L'histoire principale de La Neuvième porte est celle de la corruption de Corso et de la dérision des satanistes qui est inscrite en filigrane au long d'un apparent thriller fantastique. Roman Polanski fait exprès d'éventer le jeu des gravures et des suspects car l'essentiel se trouve dans cette quête du sentiment de puissance que recherche les satanistes, du ridicule qui leur appartient en croyant s'approprier et dominer le mal, de la corruption que le diable pratique par son mythe et du jeu que le malin exerce afin de collecter tout ce qu'il peut grappiller sans en avoir l'air (parce que "l'on" est concentré sur autre chose). Voilà pourquoi La Neuvième porte est un grand film pour moi ; c'est une belle morale emballée dans un suspense de pacotille. Tout y est question de manipulation et de déviation dont le diable ressort gagnant ... parce qu'il n'y a pas de héros dans La Neuvième porte.

mercredi 30 novembre 2011

La sélection du mercredi

Mercredi 30 Novembre 2011

La bande-annonce de Le chat potté (2011) montre le minou du titre en train de pourchasser un reflet lumineux ... moi, j'ai une chatte qui s'appelle Élise ; elle aime courir après les jets de lumière qui passe au travers de mes lunettes. Voilà qui brise ma croyance que mon animal de compagnie était unique au monde :'( Je suis trop triste pour aller voir Le chat potté. C'est dommage, j'avais bien aimé Shrek.







Luc Besson sort un film.












Olivier Marchal aussi.












Amber Heard est de retour sur Donc Acte ! Cette fois, elle tourne dans Rhum Express (2011), une probable bouse avec Johnny Depp. Ce dernier avait retrouvé un manuscrit d'un des premiers romans d'Hunter Thompson dans un carton dont l'inventeur du journalisme gonzo avait oublié l'existence. Du coup, ce dernier lui a conseillé d'en faire un film. Le duo devait être perché. Lors de l'interview que j'ai regardé sur France 2 lors du JT du soir vendredi 25 novembre, j'ai également remarqué que monsieur Depp qui est marié à Vanessa Paradis, qui habite en France (... ou pas), qui a une boîte de nuit dans la capitale, qui a quelques enfants français n'a toujours pas appris la langue de Balzac. Est-il aussi perché en famille qu'il l'est en compagnie de Thompson ?, là est la question.


La presse (Le monde, Libération, ...) est en admiration devant Le cheval de Turin (2011) l'ultime film (par choix personnel) de Béla Tarr, cinéaste hongrois dont je n'avais jamais entendu parler. Dois-je assister à une rétrospective du metteur en scène pour me décider à aller voir son dernier opus (et l'apprécier) (et passer pour un vrai cinéphile) ?, là est une question. Le récit est apparemment librement inspiré de la vie du philosophe allemand Friedrich Nietzsche. J'ai une biographie à la maison. Que dois-je faire ? Aller voir un film ou finir le bouquin ?, là est mon dilemme. D'un côté, Le cheval de Turin est un long-métrage magyar proche d'une esthétique slave ; je peux donc m'attendre à de longs plans apportant en bout de durable mouvement de caméra une information très triste (souligné par le bruit du vent, par le silence ou par une musique classique dramatique). D'un autre côté, le livre est déjà payé.

dimanche 9 octobre 2011

From Hell

Dimanche 9 Octobre 2011
Octobre Rouge #3

Jack l'éventreur, Jack the Ripper en version originale, est toujours impuni. Son mobile n'a jamais été trouvé et le tueur n'a jamais été identifié. Il œuvrait dans le quartier londonien de Whitechapel en 1888. Ce monstre humain égorgeait puis éventrait ses victimes afin de retirer leurs viscères (intestins, reins, utérus). Bien que 5 meurtres de prostituées soient avérés de son fait, d'autres assassinats présentent des similitudes avant la première (31 août 1888) et après la dernière de ses exactions officielles (9 novembre 1888). Tellement de mystère entoure son cas que les enquêteurs et intéressés du ripper se querellent entre spéculations et théories. Une bonne centaine de suspects a été désignée.

From Hell est un roman graphique d'Alan Moore et Eddie Campbell des années 1990 reprenant les conclusions fondées sur les recherches de Stephen Knight afin de structurer son récit. L'adaptation cinématographique des frères Hughes, comme le téléfilm Jack the Ripper avec Michael Caine, proposent leurs théories sur l'identité de Jack l'éventreur. Ces trois œuvres convergent vers le même homme estimé être le plus probable tortionnaire des prostituées de Whitechapel.


From Hell, les frères Hughes, 2001, USA.

Quand je commence la vision d'un film avec un bol de glace à la vanille et que je m'en ressers un second à la 35ème minute, ce n'est pas très bon signe. Quand je commence à rédiger un texte alors que je n'ai pas atteint la moitié du métrage, cela signifie que je songe à prendre un troisième bol avant de relancer les débats. Dans ce cas, je sauterai des passages pour arriver jusqu'à son terme ou je ne le terminerai pas.

From Hell est un film d'ambiance. L'ouverture s'attarde sur la prise d'opium d'Abberline. Comme l'inspecteur chargé de l'enquête des meurtres de Whitechapel, un état second est requis pour apprécier ce métrage. La glace à la vanille ne suffit pas à l'atteindre, peu importe la quantité absorbée. Lecteurs, j'ai risqué pour vous une montée de tension due à l'absorption importante de sucre devant From Hell. Si je continuais de m'en servir, c'est que le long-métrage ne faisait pas son travail. Pour ma santé, j'ai zappé le retour au réfrigérateur et je me suis concentré sur l'écriture de l'article. Le ciel est rouge.


Pendant que les autorités policières veulent blâmer les juifs commerçants et que la populace tient des torches, la narration enrobe une mise en scène de la condition de la femme à l'époque victorienne : pauvreté, prostitution, menaces de mort de proxénètes, arrestation et détention policière, maîtresse honteuse de nobles, Jack l'éventreur (où sont les autres ladys anglaises ?). Les frères Hughes ont misé sur l'ouverture de la compassion envers les femmes promises à l'égorgement et l'éventrement en les mettant en relation avec un Johnny Depp complètement stone. Mais les cadavres ont l'air des effets spéciaux qu'ils sont ; un mélange de latex et de liquide synthétique. De plus, Johnny Depp déclame les descriptions des atrocités commises sur un faux air inspiré d'homme en transe qui joue des sourcils (vers le haut, vers le bas, en inclinaison et vers le froncement) tout en roulant les yeux de gauche à droite et en prenant un ton mystérieux faisant traîner sa voix. Comme si l'horreur ne méritait aucune réaction gutturale.


L'ensemble a du mal à trouver une cohérence. Entre réalisme social, film à suspense, film d'horreur, ambiance glauque poussant au dodo, film policier, vision esthétisante des meurtres, Johnny Depp buvant de l'absinthe et fumant de l'opium (trois scènes en une demi-heure), l'indifférence est assommante. La musique noie chaque image, manque d'imagination et essaie de transmettre une émotion glauque exagérée. Les violons font vibrer une ou deux notes se répétant sur quelques trémolos et des chœurs au rythme saccadé soulignent chaque moment et transition. Un montage syncopé et une musique énergique appuient les meurtres. Les frères Hughes ne mettent pas en perspective l'icône que le tueur incarne. Ils rendent visuellement glamour les crimes. Tout cela est très dérangeant au mauvais sens du terme.


Le téléfilm Jack the Ripper misait sur l'abomination des assassinats pour faire participer le spectateur à la narration. Vis-à-vis du sort réservé à la vie et aux corps d'êtres humains, il souhaite l'arrestation de Jack l'éventreur. Pour From Hell, j'avais besoin de Häagen-Dazs pour rester éveillé. Pauvre sort réservé à l'adaptation du roman graphique From Hell que d'avoir plombé un récit intéressant par une ambiance chuchotant l'horreur pour qu'elle ne s'entende pas trop et une imagerie qui esthétise le crime pour la rendre supportable (des phases brusques de montées musicales de tension qui retombent aussi rapidement qu'elles sont apparues).

vendredi 7 octobre 2011

Sweeney Todd

Vendredi 7 Octobre 2011
Octobre Rouge #1

Le cycle Octobre Rouge s'ouvre avec une histoire fondée sur des événements plus ou moins avérés. Le récit original de The String of Pearl : A Romance (James Rimer et Thomas Prest) écrit en 1846 dans lequel apparait pour la première fois Sweeney Todd est inspiré de plusieurs faits divers et des éléments de conte et de poème. Sweeney Todd était un barbier londonien du XIXe siècle qui tranchait la gorge de ses clients et se débarrassait de leurs cadavres avec la complicité de sa maîtresse, Mrs Lovett. Elle les farcissait en friands à la viande et les vendait dans sa boutique. Il se peut que les auteurs Rimer et Prest aient entendu parler d'une histoire similaire qui se serait déroulée en France en 1387. A Paris, un barbier tranchait la gorge aux clients de passage et fournissait à un pâtissier les corps afin qu'il fabrique des pâtés en croûte réputés dans la ville tout entière. Mais rien n'est sûr.

Au pire, ce récit facétieux est un mythe urbain fondé sur des faits probables.

Au mieux, Sweeney Todd est une création due à un assemblage malin.

Entre les deux, Sweeney Todd a vraiment existé ... ou pas.

Pour ma part, je tiens toutes ces informations de Wikipedia.


Sweeney Todd, Tim Burton, 2007, USA.

Je commence mal mon dossier car je ne me souviens en rien du film de Tim Burton à part d'une trappe sous le fauteuil du barbier sanglant au look plutôt cool. Moi qui porte la barbe, je devrais trembler de peur rien qu'à l'énoncé de l'histoire. Mais Sweeney Todd ne m'a laissé aucune impression. De plus, je suis attaché à mes poils capillaires. Lorsqu'un long-métrage ne me fait pas dépasser le cadre de ma personne, c'est qu'il vaut mieux pour moi ne pas continuer à le regarder. D'ailleurs, cet article devrait concerner mon cas de tueur en série de mauvais long-métrages.

Perso, j'ai tellement vu de films que j'ai enchaîné les bouses par paquet de cent. Les merdes sont légion, les ratés sont nombreux, ceux qui occupent un peu de temps sont convenables, les bons sont frustrants, les très bons sont réjouissants, les chefs d’œuvre sont rares. De fait, je fais le ménage dans mon esprit en assassinant toute trace que les pires idées de cinéma aient pu planter et laisser germer. Ma santé mentale en dépend. Je garde ma mémoire pour les bonnes choses. Pour cela, je sors toute ma bile quand une pellicule le mérite. Je la pose en vers, en prose, dans des formats prédestinés à l'escamotage de ces tentatives de sabordage de l'humain que sont les non-films. Ma psychopathologie, là voilà, je ne supporte pas les insultes au cinématographe. Je n'ai aucune pitié. Ma réponse a été de constituer une DVDvidéothèque à mon goût où les œuvres priment sur les auteurs ; Ed Wood et Beetlejuice sont les seuls Burton à faire partie de ma collection.

Sweeney Todd voudrait en faire partie qu'il ne le peut car il laisse totalement indifférent.

Le coupable est Tim Burton. Sa psychopathologie personnelle prend forme dans l'éviscération de ses travaux. Il a complètement vendu son style visuel gothico-romantique aux préposés de narration transparente de gros studios hollywoodiens qui polissent même les surfaces plates. Beetlejuice était la comédie du siècle avec Ghostbusters et Les Goonies quand j'avais 12 ans. L'imagerie déployée dans cette comédie morbide était inventive. Michael Keaton en faisait des tonnes. C'était la première fois que je riais de la mort. C'était sympa. Je l'avais vu après Edward Scissorhands son film autobiographique (je craquais pour Winona Ryder au début des années 1990's). J'ai été voir Great Balls of Fire! et Coppola's Dracula pour la même raison. Puis j'ai apprécié Ed Wood le film testament et chant du cygne de Timmy "Vincent" Burton.

Winona Ryder en 1990

Avant les dernières années s’égrainant vers le troisième millénium, Tim était un cinéaste captivant. Les ambiances sombres environnant des personnages frêles et fragiles proche de l'effondrement moral et psychique conduisait inévitablement le garçon sensible que j'étais à prendre confiance en moi malgré une sensibilité de fils à maman. Je me sentais moins seul dans ma perception du monde. Il existait plus catastrophique difficulté d'acceptation sociale que la mienne. Depuis, Tim tourne des comédies musicales.

Il tue ses films en série.

Mars Attacks ! était risiblement évidente de simplisme. Tim tournait en dérision tout ce dont il fallait se moquer à l'époque pour être populaire. Entre autres, Jack Black montrait sa raie dans un uniforme trop serré (ahah les militaires), des white-trash défendaient leur télé corps et âme (ihih les white-trash), l'avocat Danny de Vito magouillait un deal avec les E.T. verts cancanant comme des canards (ohoh l'avocat et eheh les martiens), des ados tuaient du cerveau sous cloche comme dans un jeu vidéo (politique : les jeux vidéos ont du bon), et, un adolescent en mal d'affection tuait les martiens envahisseurs grâce à un morceau de country chanté dans les aigus fortement perchés (uhuh la country mais politique : elle aussi peut être utile). Il y avait aussi des embrouilles familiales à la Maison Blanche (ahah personne n'est parfait). Bref, Tim le poète gothique perdait son âme à jouer à la grande gueule de la classe sur un champ de bataille fictif de rires croisés où tous sont visés.

La comédie type des années 1990 : rien ne tient plus debout.

Sleepy Hollow est un film que j'ai souvent envie de revoir. Et je suis souvent déçu. Il faudrait que je lise le récit littéraire original de Washington Irving une bonne fois pour toutes.

La plus grosse et irréparable des conneries qui a lié ma déception au nom de Tim Burton pour l'éternité (quoique Batman a aidé) était due à la création du remake de Planet of the Apes. Ce nanar faisait penser à une version ultra-alternative en roue libre d'un comics torché pendant la phase de démarrage d'une firme sans dirigeants ni ligne éditoriale adaptant tout ce qui est libre de droits. D'ailleurs, les copies DVD du film doivent traîner dans les seaux à braderie des boutiques de BDs et de comics du monde entier. Il y a de ces films comme ça que l'on n'a jamais envie de revoir pour les réévaluer.

Les noces funèbres et Sweeney Todd m'ont fait espérer un retour en grâce de mon enfance mais les effets de mode de critique ciné sont aussi désespérants que l'engouement pour un cinéaste qui filme des personnages habillés en noir la nuit dans le brouillard pour caricaturer le meilleur dans ce Sweeney Todd.

Pourquoi me fais-je encore avoir en regardant les films d'un auteur devenu insipide parce que je suis majeur et vacciné et qu'il a viré meneur de revues plongées dans la pénombre et actées par des visages tristes ? Suis-je idiot d'avoir la foi de retrouver la grâce d'une autre réussite comme Ed Wood ? Tout cela est de la rhétorique. Pourquoi m'y attarder ? Pour un dossier sur un blog. J'espère néanmoins que Tim ravit toujours les petits et les plus petits. En tout cas, il sait travailler le look de Deppy.

Tim Burton au troisième millénium