Dimanche 11 Décembre 2011
Quand on aime, on ne compte pas ... les fans que l'on a
L'énigme et le livre, le protagoniste intéressé par l'argent, et le jeu de manipulation ... le film jumeau de The Ghost Writer
Tout le texte est en spoiler alert ... il faut avoir vu le film pour lire cet article
La neuvième porte, Roman Polanski, 1999, Espagne-France-USA.
Résumé : La neuvième porte est un ouvrage littéraire censé être écrit par le diable. Il permettrait d'entrer en contact avec le Malin. Seuls 3 exemplaires existent. Boris Balkan (Frank Lagella) en possède une copie mais elle ne fonctionne pas. Il engage donc Corso, un chercheur de livres rares pour collecteurs fortunés, afin de vérifier l'authenticité de La neuvième porte en le comparant aux 2 autres. Au fil des examens, Corso va découvrir un mécanisme qui requiert l'acquisition des 3 volumes de La Neuvième porte afin que le passage vers l'enfer s'ouvre. Les propriétaires étant réfractaires à la vente de leurs originaux, Balkan demande à Corso d'utiliser tous les moyens requis pour satisfaire ses convoitises.
Dans
La neuvième porte, l'emphase habituelle avec le protagoniste principal est à mettre de côté. Il faut prendre le personnage de Corso avec du recul (même si Johnny Depp l'interprète ... sur ce coup il est acteur, et non star). Car Corso est un personnage critiqué par les auteurs de
La Neuvième porte. Corso, refourgueurs de livres anciens (certains diraient), est roublard, voleur, escroc, menteur et profiteur. Il tient à lui-même plus qu'à autre chose. Il négocie son pourcentage sans arrangement possible avec son seul ami. Il ne s'inquiète pas de scrupules. Il pratique une concurrence déloyale. Lors de sa rencontre avec Boris Balkan, il accepte son chèque sans regarder le montant car il sait que Boris Balkan est un client qui paye bien (et c'est pour cela que Corso accepte son offre). Pour que Corso sorte le chèque de sa poche et prenne connaissance du montant, il faut que Balkan souligne l'importance de la réussite de sa mission en faisant remarquer le nombre qu'il a écrit sur ce mode de paiement. De façon quasi-imperceptible, Roman Polanski fait jouer un éclairage subtile (éclairant le visage de Corso lorsqu'il déplie le chèque et disparaissant lorsqu'il le replie ... comme pour l'exemplaire
La neuvième porte de Balkan) pour souligner le seul intérêt de Corso dans la vie. Corso est un "de ces agités faméliques dont se méfiait Jules César, et qui poignarde leurs amis dans le dos" d'après Balkan, un individu peu recommandable. La nature de Corso en fait une proie et un élu pour le Malin.
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| Witkin, un confrère professionnel, dit de Corso qu'il est une crapule obsédée par le fric |
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| ... entre autres choses ... |
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| ... |
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| Ce qui se vérifie de la bouche de Corso ... Seul l'argent l'intéresse ... |
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| ... au contraire des diableries qui manquent de le faire ronfler |
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| Comptant se garder le diable pour lui tout seul, Boris Balkan est satisfait ... |
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| Il n'a confiance qu'en les individus dont il peut acheter la loyauté |
Corso, lui, se fait manipuler par le diable. Elle a trouvé une cible plus intéressante que tous les satanistes qui lui vouent un culte. Elle laisse Balkan (magnifique personnage qui a déjà la fortune et qui recherche encore et vainement un sentiment de puissance) s’immoler et les satanistes s'entretuer alors qu'ils ne désirent qu'entrer en contact avec elle. Il s'agit d'une ironie dramatique dont sont victimes les apprentis du culte de Satan. Le gagnant est le malin en personne. La Baronne Kessler a passé sa vie à essayer de recréer l'expérience de sa rencontre avec le diable : au prix de se retrouver en chaise roulante et de périr dans les flammes. Les Telfer, Bernie le libraire, la Barone Kessler, Victor Fargas et Balkan meurent. Mais le diable, elle (Emmanuelle Seigner), n'a que faire des olibrius qui sont prêts à tout pour s'attirer ses faveurs. Le diable commande. L'homme ne PEUT pas ordonner au diable ses actions. Le diable séduit, et non l'inverse. On croirait être en charge des choses lorsque l'on plonge du côté obscur alors que c'est le côté obscur qui engloutit sans demander de reste.
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| Le diable ... |
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| ... pose sa marque sur sa cible |
Ainsi le diable sauve et protège Corso des satanistes qui lui veulent du mal. Corso n'est pas protégé pour qu'il punisse les satanistes mais pour qu'il assiste au déballage de folie humaine qui conduit les individus à tuer, voler, mentir, corrompre pour elle. Elle montre à Corso à quel point elle a de la valeur, quel est le prix à payer pour entrer en contact avec elle, quel sacrifice les humains sont prêts à faire pour la séduire. Mais surtout, elle se garde Corso pour elle-même. C'est lui qu'elle veut avant tout. Corso n'a rien à faire du diable et des diableries mais Corso ne fait pas non plus grand cas de sa propre âme ; c'est la raison pour laquelle le diable désire l'acquérir. Au fond, Corso est facile à corrompre.
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| Elle lui mâche le travail |
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| Aucun danger ne peut inquiéter Corso |
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| Elle empêche Corso de s'empêtrer dans les histoires de satanistes ... elle veut qu'il y ait le plus de victimes possibles |
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| ... s'entretuer ... |
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| ... et se sacrifier en son nom |
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| Un héros traditionnel se serait sorti de ce piège et aurait sauvé Balkan et bien d'autres (qui auraient reconnu leurs erreurs, blablabla ...) |
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| Le diable séduit dans une chevauchée de Corso proche du viol ... |
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| ... et indique à Corso la voie ... |
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| ... parce qu'elle veut l'âme de cet individu qui la vend au plus offrant sur Terre |
La voie est dégagée et le voyage est connu, le choix moral reste le sujet central de
La Neuvième porte. Le code 666, les 3 livres, les 9 gravures, 3 d'entre elles par livre sont signées LCF alias Lucifer, tous ces indices transparents montrent que le thriller n'est pas le genre du film. Roman Polanski continue de s'en prendre aux satanistes dans une tragédie à l'humour grinçant et aux allures d'enquête policière. Comme dans
Rosemary's Baby, Roman Polanski fait sentir la gravité du culte satanique (la mort et l'aliénation) et les tourne en dérision (voir les vêtements et les manières des voisins dans le film de 1968, et, les habits et les attitudes de Tefler et de son majordome dans le métrage de 1999).
L'histoire principale de
La Neuvième porte est celle de la corruption de Corso et de la dérision des satanistes qui est inscrite en filigrane au long d'un apparent thriller fantastique. Roman Polanski fait exprès d'éventer le jeu des gravures et des suspects car l'essentiel se trouve dans cette quête du sentiment de puissance que recherche les satanistes, du ridicule qui leur appartient en croyant s'approprier et dominer le mal, de la corruption que le diable pratique par son mythe et du jeu que le malin exerce afin de collecter tout ce qu'il peut grappiller sans en avoir l'air (parce que "l'on" est concentré sur autre chose). Voilà pourquoi
La Neuvième porte est un grand film pour moi ; c'est une belle morale emballée dans un suspense de pacotille. Tout y est question de manipulation et de déviation dont le diable ressort gagnant ... parce qu'il n'y a pas de héros dans
La Neuvième porte.