La sélection de Donc Acte !

Donc Acte ! ne suit pas l'actualité cinéma à la loupe. Donc Acte !, qui s'est intitulé Le cinéphobe pendant une courte période, n'a pas pour passe-temps de visionner des pelloches de cinoche. Donc Acte ! ne va pas souvent voir une œuvre en salles. L'envie est rare. Le plaisir est d'autant plus intense lorsque je suis satisfait par une rencontre du 7ème art. Certains films m'inspirent des réflexions ; c'est ce que je souhaite partager. Je ne propose pas de thèses et il m'arrive de gâcher les histoires en racontant la fin. Vu que je ne mets pas ce qui a été fait de l'invention des frères Lumière sur un piédestal et que je suis des fois moqueur, Donc Acte ! peut ne pas plaire.

samedi 9 juillet 2011

The Ward

Vendredi 8 Juillet 2011
Soir

Avec The Ward réalisé en 2010, John Carpenter revient au cinéma après 9 années d'abstinence depuis Ghost of Mars en 2001. Le film souffre néanmoins d'une distribution chaotique. Le thriller psychologique est disponible en VAD (donc en téléchargement illégal) depuis le 8 juin 2011 aux États-Unis dont les débuts dans les salles US a été prévue pour aujourd'hui (une formalité considéré que le DVD sera dans les bacs le 16 août prochain). A mentionner que The Ward est sorti en salles en Grande-Bretagne et en Irlande le 21 janvier de l'année 11 après 2000, en Malaisie en mars, en Italie le 1er avril, et, à Singapour, en Grèce, en Turquie, en Russie, en Argentine et à Bahrain (petit royaume ayant place sur un archipel entre l'Arabie Saoudite et le Qatar) en juin. En septembre, suivront le Japon et l'Allemagne. Et même si la blogosphère a épargné les spoilers par respect pour les fans du maître de l'horreur, les amoureux français de Big John ont de quoi s'énerver. The Ward, dernier cru du maître, n'a pas de date de sortie prévue dans l'Hexagone.

Un fan français énervé.

Plutôt que d'écrire un article sur la stratégie commerciale et le respect du consommateur, je vais m'attarder à la critique du film.

Pourquoi ne veulent-ils pas de mon film en France, au Portugal, en Espagne, aux Pays-Bas, en Scandinavie, en Amérique latine, en Chine, en Inde, en Afrique, sur Mars ?

The Ward se déroule en 1966. Kristen, une jeune femme ayant mis le feu à une ferme abandonnée au fin fond de l'Oregon, est enfermée dans l'hôpital psychiatrique de North Bend. Les pensionnaires y sont victimes de mystérieuses disparitions. Après avoir été agressée, Kristen, ne pouvant compter sur ses camarades à la santé mentale vacillante et sur le personnel hospitalier, doit affronter seule un mauvais-esprit pour survivre.


Il est difficile de relever l'intérêt du spectateur pour un film se déroulant en hôpital psychiatrique. Il n'existe que deux trames narratives usées jusqu'à la moelle depuis Le Cabinet du Docteur Caligari (1920) de Robert Wiene : soit il est révélé, à la fin du récit, que le personnage principal est interné depuis le début (comme dans Shutter Island, Martin Scorsese, 2010) soit il finit institutionnalisé (comme dans Shock Corridor, Samuel Fuller, 1963).

Pour diversifier son métrage des précédents déjà réalisés dans ce cadre, l'option principale réside à aborder un genre non exploité. Là où Shock Corridor est un film d'investigation journalistique, Shutter Island adopte les codes du film policier. Là où Sucker Punch (2011) de Zack Snyder est une purge infecte reprenant le mode du jeu vidéo shoot 'em all, Identity (2003) de James Mangold est un thriller psychologique utilisant les codes du slasher. Là où Le Cabinet du Docteur Caligari est un film expressionniste, Girl, Interrupted (1999) de James Mangold et Vol au dessus d'un nid de coucou (1975) de Milos Forman sont des films à thèse.

John  Carpenter a choisit de mettre l'accent sur le surnaturel. Il introduit un élément fantastique avec la présence d'un fantôme dans l'enceinte d'une institution pour jeunes femmes perturbées. Ce qui est une bonne excuse pour faire perdre la vie et les derniers brins de raison qu'il reste à des pensionnaires déjà affectées.


John Carpenter n'arrive malheureusement pas à rendre la terreur allant de pair avec la présence d'un fantôme dans un cadre censé être étouffant. L'ensemble du film reste plat. Aucune séquence n'est mémorable. La suite d'événements s'enchaîne logiquement mais rien ne fait jamais décoller l'intérêt. Le réalisateur d'Assaut, The Thing et du Prince of Darkness, pourtant spécialiste des huis clos horrifiques, pêche à rendre l'envie de s'échapper d'un enfer car il ne filme rien d'autre de terrorisant que les apparitions très prévisibles d'Alice le fantôme (car la mise en scène souligne la préparation des actions surnaturelles dans des lieux déjà utilisés pour ces effets).

Dans Assaut, le commissariat était le dernier endroit où être en sécurité. Ce dernier étant assiégé, préserver l'intégrité du lieu permettait à ceux qui s'y étaient réfugiés de conserver la vie. Dans The Thing, l'horreur venait de l'intérieur (les copies produites par la chose) et de l'extérieur (le froid polaire). Il n'y avait pas d'endroit où se cacher. Dans Prince of Darkness, les sans-abris sous contrôle télépathiques entouraient l'église alors que le fils de Satan prenait forme dans l'édifice religieux. Comme dans The Thing, il fallait affronter le mal pour survivre. Les enjeux des personnages étaient liés au lieu dans lequel ils étaient enfermés.

Dans The Ward, le pavillon et l'hôpital où les jeunes femmes résident ne relèvent d'aucune particularité qui serait tangible de participer à l'effroi. L'endroit ne fait que souligner une étrangeté et une instabilité à l'aspect fantastique. L'intérêt du lieu réside dans le fait de s'en échapper. Or, le diagnostic du médecin principal ne pourrait pas sauver les jeunes femmes en les déclarant saines d'esprit (surtout si elle déclare voir un fantôme). Quant à leurs traitements et l'état dans lequel les femmes se trouvent, le docteur n'est pas dupe, les guérisons miracles sont extrêmement rares. On aurait pu assister à un massacre pur et dur (The Ward n'accepte malheureusement pas le statut de slasher surnaturel). Vu que le fantôme est le principal souci dont il faut fuir, à quoi bon situer l'action dans un hôpital psychiatrique ?

J'ai tout de même regardé The Ward jusqu'au bout afin de connaître le fin mot de l'histoire et par respect pour John Carpenter.


-SPOILER ALERT- 

En fait, il me suffit de faire référence à un film pour dévoiler le pot aux roses de The Ward car il reprend la résolution d'Identity réalisé en 2003 par James Mangold. Le procédé slasher d'élimination est identique à celui de The Ward. Il indique que le fantôme est une excuse afin de retranscrire la guérison de Kristen, schizophrène, qui tue l'une après l'autre les autres pensionnaires de North Bend, autres représentations d'elles-mêmes dans sa psyché. Comme le serial killer dans le thriller psychologique de James Mangold, le motel en moins, le fantôme en plus.

-FIN SPOILER ALERT-
 
Les choix de mise en scène de Big John sont des clichés de mise en place de la terreur. John Carpenter aimait pourtant conter des histoires dans lesquelles l'horreur était intrinsèque aux événements décrits par le récit, des éléments de mise en scène et à la thématique abordée. Le twist final n'a rien de surprenant. Il s'avère décevant que le maître de l'horreur en soit à faire des ersatz de films de série B pour amateurs de frissons faciles. Après deux décevants épisodes de Masters of Horror et l'auto-récupération de Ghost of Mars, John Carpenter, j'espère, remettra un pied au bon étrier pour nous concocter à l'avenir des projets excitants dont il a encore (?) le secret.

Reste à voir dans The Ward un splendide casting de superbes jeunes femmes :

-Amber Heard est très agréable à regarder se balader en jean moulant et chemise rouge. Ne pas trop s'exciter, elle est gay. 

Amber Heard.

-Danielle Panabaker est adorable en toutes occasions.


Danielle Panabaker.

-Lyndsy Fonseca est aussi mignonne affublée de lunettes et d'une robe sans décolletés.

Lyndsy Fonseca.

vendredi 8 juillet 2011

Fighter

Vendredi 8 Juillet 2011
Hors du temps

David O Russell figure parmi mes réalisateurs favoris. Bien que je n'ai malheureusement pas trouvé d'intérêt à I Heart Huckabees de 2004, ses films reposent sur des pitchs amusants, bien que des fois moralement choquant, et proches des aspirations de tout à chacun. La recherche de modèles, de moyens financiers, de fierté et de respect figurent parmi ses thèmes choisis. David O Russell réussit des films drôles, émouvants et intelligents sur la prise de conscience d'éléments de vie importants pour des individus dont les repères sont confus. Il a mis en scène le sympathique Flirting with Disaster en 1996 avec Ben Stiller et le malin Three Kings en 1999 avec George Clooney, Mark Wahlberg, Ice Cube et Spike Jonze. Dans Flirting with Disaster, le personnage Ben Stiller apprend que les parents qui l'ont abandonné sont des hippies vivant dans une propriété isolée dans le désert d'Arizona avec leur autre fils biologique très irascible aux tendances meurtrières. Ils y cultivent de la drogue douce, ce qui remet en question la quête de modèles à suivre de Mel Coplin. Dans Three Kings, une troupe de soldats américains découvre les vertus de l'humanisme en Irak. Ils essaient pourtant de subtiliser à la barbe des forces armées des USA l'or du Koweit confisqué par Saddam Hussein pendant la première guerre du Golfe.

Réalisé en 2011 par David O Russell et produit par Darren Aronofsky, Fighter suit la progression d'un boxeur issu d'un milieu pauvre américain pour remporter un titre de champion de boxe international.

Micky Ward est un boxeur issu d'une famille d'ouvriers du Massachusetts. Sa mère, Alice Ward, gère maladroitement sa carrière, et, Dickie Ecklund, son frère, gloire de Lowell pour avoir mis K.O. Sugar Ray Leonard en 1978, est son entraîneur. Or, en 1993, la carrière de Micky stagne et il enchaîne les défaites. Il blâme pour cela son entourage proche qui n'éprouve aucun scrupule à le faire affronter un adversaire de catégorie supérieure pour l'argent. Battu à plate couture, Micky en conclue qu'il ne faut pas mélanger profession et famille. Il décide de voler de ses propres ailes. Il répond favorablement à un manager qui l'a sollicité. Et il entame une relation amoureuse avec Charlene Fleming, une jeune femme au caractère bien trempé qui va l'aider à s'affranchir de l'influence négative de sa mère, de ses sœurs et de son frère.

Dans Fighter, David O Russell joue habilement avec les points de vue. La focalisation est souvent remise en question : entre famille et personnes extérieures (comme Charlene), entre fans de boxe et regard détaché d'intérêt pour ce sport. La marche des deux frères côte à côte avant l'apparition du titre du film montre à la fois qu'il ne s'agit pas que d'une histoire de famille mais aussi d'une histoire de société. L'importance de l'intervention de l'équipe d'HBO pour filmer l'ancienne gloire de Lowell, Dick Ecklund, joue un rôle conséquent sur l'évolution des personnages et du récit. Ce regard critique n'existe pas au sein de la famille Ward / Ecklund et de l'entourage. Ce qui se rapporte au sujet de Fighter : la place de la famille dans une société individualiste, et, la place de l'individu dans sa famille.

Dick Ecklund et Micky Ward.

Fighter vaut pour sa partition réaliste et censée. Même si le film s'annonce comme étant humoristique et décontracté, l'ensemble tragicomique est caractérisé par un sous-texte politique et social. L'absence de culpabilisation de la pauvreté fait un bien fou au récit. La dérision est préférée pour dépeindre un milieu difficile touché par le chômage et la drogue.

La question de l'exploitation au sein de la famille et en société reste centrale. L'entreprise familiale ne met pas les individus face à leurs responsabilités individuelles, seulement face aux devoirs collectivistes. Cette petite mafia, appuyée par un membre des forces de l'ordre locale, souffre d'une pauvreté et cherche à gagner sa respectabilité en restant unie mais les points de vue extérieurs, Charlene, HBO et le manager étranger (considéré comme un exploitant de chair humaine par Alice Ward) remettent chaque personnage face à ses envies. Ceux-ci doivent tirer les leçons des intérêts extérieurs centrés sur l'individu surtout que l'addiction à la drogue du frère conduit ce personnage à faire de multiples faux-pas et à attirer des ennuis à Dickie. 


Les multiples revirements de points de vue servent également à émouvoir le spectateur. Quelques scènes à priori comiques virent au dramatique par un simple changement d'angle de caméra. Je fais référence à la scène où Christian Bale se vante, dans une crack-house, devant la caméra de HBO de sa victoire face à Sugar Ray Leonard. Cette utilisation de l'angle de vue force le respect car elle ne choque pas mais elle permet l'apitoiement, la compréhension et la tristesse. Cette intervention a lieu à la moitié du film. Le regard sur le milieu présenté jusque là s'approfondit davantage. Fighter n'est pas qu'un film sur la boxe.


Sur les richesses du film, il faut rendre grâce à David O Russell de traiter des aspects dramatiques sur un mode raisonnablement comique ; Dick Ecklund fuyant sa mère en sautant par la fenêtre alors qu'elle vient le chercher à la maison où il se drogue, le gang de sœurs dont il semble bien qu'elles soient toutes au chômage et célibataires vivant ainsi par procuration leurs propres vies, tout comme la mère vit par procuration au travers de ses fils délaissant ses filles. Le traitement humoristique de cette noirceur humaine permet de ne pas alourdir la misère sociale décrite ni de blâmer l'addiction au crack du grand frère qui est la victime responsable de sa propre mélancolie. 

-SPOILER ALERT-

Mais l'émotion prend aux tripes lorsque Dickie manque de pleurer après que son petit frère ait remporté la victoire du titre de champion. Cette magnifique histoire d'amour et familial met l'accent sur un groupe uni  acceptant une influence extérieure afin de gagner pour eux-mêmes ces titres, et non pour se vanter de leur valeur aux autres.

-FIN SPOILER ALERT-

P.S. : I Heart Amy Adams.

I Am Dina

Jeudi 7 Juillet 2011
Nuit

Après un début très chargé en émotion dans lequel une petite fille cause accidentellement la mort de sa mère, I Am Dina (2002) suit le parcours de cet enfant traumatisé que son père blâme et abandonne, et qui, rongée par la culpabilité, devient une sauvageonne vivant dans la montagne.

Elle redécouvre les joies de l'intériorité et de la société grâce à la musique. Soutenue alors par son père et son professeur mélomane, Dina s'épanouit en jouant du violoncelle mais elle conserve un tempérament possessif et violent aux pulsions meurtrières. Le beau visage adulte de Maria Bonnevie, actrice choisie pour jouer le rôle, cache une folie létale.


Dina aime dominer son mari (incarné par Gérard Depardieu) qu'elle tourmente jusqu'à la mort. Elle est très exigeante dans la fréquence des rapports sexuels. Elle prend le dessus sur Jacob lors des transactions commerciales. Elle joue du violoncelle la nuit l'empêchant de dormir. Elle craint de se dévoiler à lui avec le temps et les défenses qui s'affaiblissent. Jacob, lui, cherche à l'éviter de plus en plus.


Dina exprime sa passion tourmentée pour une fuite en avant de ses obsessions lors de ses longues sessions de nuit. La teneur du goût pour le morbide de Dina est soulignée par l'emportement de son jeu fiévreux. La musique, inspirée du style de Bernard Hermann, dans sa période de collaboration avec Alfred Hitchcock, est écrite par Marco Beltrami. Elle soutient le ton dramatique du film et retranscrit le drame qui occupe l'esprit de Dina par une partition enlevée et émotionnellement chavirant.

La lumière crue du métrage retranscrit la dualité de Dina. Dina, entourée de somptueux décors naturels norvégiens, apprécie l'enfermement lui permettant de conserver ses inquiétudes. Les nombreuses zones ombragées et la lumière blanche aveuglante des décors intérieurs ainsi que le rendu des sublimes extérieurs froids (permettant de créer quelques tableaux de splendide tragédie) soulignent les oppositions entre raideur psychologique et beauté naturelle, ténèbres intérieurs et clarté environnante.

A un pas du Cri de Munch

Le montage moderne soutient un enchaînement rapide des séquences. Plusieurs coupes dans le plan impriment un rythme saccadé et vif à des scènes où Dina souffre de délires et de remords. Ole Bornedal indique que son héroïne perçoit les choses environnantes de façon syncopée. Ses comportements considérés ordinaires et en rupture décrivent les deux aspects écartelant psychologiquement la jeune femme : l'excitation et la mort.

Une excitation menant à la mort, et, une mort excitante

Pour représenter son affliction, de nombreux flashbacks sont utilisés. Les apparitions du fantôme de sa mère appuie les inquiétudes de Dina de voir disparaître ceux qu'elle aime. I Am Dina est l'histoire d'une enfant qui ne veut pas se soigner mais aime à croire qu'elle prend soin des autres ; elle cherche à contrôler la vie et la mort de tout un chacun.

Cependant Dina s'avère difficile à supporter dans sa deuxième partie. Ses conflits avec les hommes sont montés en épingle à cause d'un jeu à tiroirs peu inspiré entre 3 messieurs qui s'arrachent ses faveurs.
 
Plus habitué aux films à suspense qu'au mélodrame, Ole Bornedal, réalisateur de Nightwatch /Nattevagten (1994), le remake US de Nightwatch (1997) et Just Another Love Story (2007), gère péniblement les affairismes divers, les attirances insensées que l'anti-héroïne provoque plus ou moins contre son gré et la teneur des intérêts changeants de Dina.

Spoiler alert 

I am Dina se conclue dans la confusion. Sur une note répétitive et torturée, Dina se damne elle-même en commettant un meurtre supplémentaire. Dina se réfugie et trouve une paix fallacieuse dans ses rares bons souvenirs. Les sourires s'enchaînant à l'écran ont une résonance morbide et signifient un décalage dans la pensée de Dina qui est vain de résolution.

Fin spoiler alert

Ole Bornedal trouve avec Jeg er Dina  l'occasion de creuser ses thèmes de prédilection que sont les rapports entre sexe, mort, ennui, excitation, mensonge, double identité, perte de contrôle et faux-semblants. Il privilégie le choc émotionnel plutôt que la faculté à émouvoir. Le tragique propre aux mélodrames est traité avec lourdeur et exagération qui confèrent au film une complexité qui exclue le spectateur du spectacle. Les aspects techniques que sont la photographie, le montage et la musique, toutes à vocation subjectiviste (retranscrivant la pensée de Dina) sont intelligemment utilisés mais ne servent pas l'effet d'emphase sur l'audience. La lumière est trop crue, le montage enchaîne les séquences avec trop de célérité et la musique noie à quelques reprises l'émotion. Seule la suite d'événements scénaristiques relèvent l'intérêt de I am Dina jusqu'à ce que le récit s'embourbe dans une multiplication de trames (3 hommes = 3 lignes directrices) résolues de façon simplistes dans sa seconde partie.

mercredi 6 juillet 2011

Reconstruction

Mercredi 6 Juillet 2011
Hors du temps



Alex David, interprété par Nikolaj Lie Kaas, est à la recherche de son désir. Lassé de la relation avec sa petite amie Simone, fidèle, dévouée et aimante, il se lance dans une aventure de 24 heures avec une femme différente, Aimee, joueuse et mystérieuse.

Alex.

Le casting est dans Reconstruction un élément important de la compréhension de l’œuvre. Christoffer Boe, metteur en scène du film, a choisi Maria Bonnevie pour interpréter les rôles de Simone et Aimee, les deux femmes qui font balancer le cœur d'Alex. Boe joue sur la similarité des physiologies des deux personnages féminins pour mettre en évidence l'étrangeté qui existe dans le désir. Sans s'en rendre compte, Alex veut construire son amour pour sa petite amie avec une autre.


Aimee.
Simone.









Cette odysée est partagée avec Aimee qui est une femme mariée. La plaisance dont Alex David et Aimee se satisfont est l'ignorance. "Ne rien savoir de l'autre pour mieux l'aimer" résume le travers des prétendus amoureux empreints de légèreté d'esprit. Tous deux s'amusent à aimer sous la menace de la découverte de l'affaire par leurs conjoints respectifs.

Simone et Alex.
Aimee et Alex.
Aimee.
Son mari et Aimee.
Alex et Aimee.








Pour son long-métrage de 2003, Boe a recours à des astuces métaphoriques aux explications fantastiques pour souligner l'impossibilité de retour en arrière d'Alex et la confrontation aux problématiques de sa quête d'amour. Lorsqu'Alex souhaite rentrer chez lui après une nuit passée avec Aimee, la porte de son appartement est remplacée par celle du grenier. Le dit-appartement du photographe n'a jamais existé selon la gérante de l'immeuble. Le foyer qu'il fuyait avant de l'avoir construit s'efface de sa vie. Alex se retrouve enfermé dans une fourche avec deux voies possibles. Il se doit faire un choix entre Simone qui l'accueille à aller de l'avant avec elle et Aimee qui est hésitante. Le sentiment amoureux d'Alex est alors soumis au doute. Alex court après une décision entre deux femmes dont l'attente n'est pas éternelle.

Christoffer Boe.
La mise en image du cinéaste Christoffer Boe est soignée et stylisée. La photographie joue sur un jeu de clair-obscur. L'éclairage recentre l'action dans des zones de lumière portées à l'évidence par poursuite ou un simple projecteur, quelques fois en ombre. Un jeu sur le flou permet de conserver sur certains cadrages un premier plan net ; servant à resserrer l'attention sur la présentation et les présences des personnages (notamment lors des présences de Simone et Aimee au même endroit). Les utilisations de différents filtres sont à mettre en relation avec les styles narratifs des séquences et/ou scènes. Boe crée une juste unité entre fantastique, poétique, romantique, métaphorique, dramatique et pathétique. La musique est de teneur dramatique. En outre, il est soigneux du rythme. Les scènes sont courtes et captivantes allant à l'essentiel.

Il a misé sur une interaction du récit avec la cartographie de Copenhague, ville qu'il aime et à laquelle il voulait offrir une lettre d'amour (voir aussi Allegro de 2005). Chaque scène est localisée avec précision (temps et endroit) d'un point de vue omniscient. Ce qui permet de conserver une distance pour avoir une vision du film objective, critique et analytique, tel que le souhaitait le metteur en scène danois.

Reconstruction a connu un grand succès dans divers festivals internationaux. Il a remporté, entre autres prix, La Caméra d'Or à Cannes en 2003. Ce qui fit connaître le metteur en scène danois du monde des cinéphiles et amateurs de perles cinématographiques ignorées du grand public.



La sélection du mercredi

Mercredi 6 Juillet 2011

J'inaugure aujourd'hui la séance critique des bandes-annonces du mercredi (la régularité de ce rendez-vous est encore à établir). Ce que je perçois d'un film arrive en premier lieu par ce biais (même si l'affiche, les noms au générique et le titre ont leur importance). Bien que le bouche à oreille et le succès critique puis public puissent m'inciter à mettre de côté mes premières impressions et me pousser vers une salle obscure, la vision de la diffusion télévisée ou l'achat d'un DVD, l'"encas du film" (marque déposée) est ma base pour juger du potentiel qu'un long-métrage a à m'intéresser.

Il s'est déjà produit quelques tragédies ; qu'un excellent film sur un thème qui m'est cher souffre d'une mauvaise bande-annonce, et de fait, je n'ai pas eu envie d'aller le voir. Exemple : Fighter sorti le 9 mars 2011 de David O Russell, dont j'avais apprécié Three Kings et Flirting with Disasters, était vendu en dessous de ses qualités comme une histoire de plus sur un parcours de sportif dans la boxe alors que la thématique du film était riche en discours social et le récit était plein d'humour et d'émotion. J'ai tout de même vu ce film au Max Linder sur les Grands Boulevards en mezzanine le mardi 29 mars 2011 (soit 20 jours après sa sortie ; je ne me pardonnerai jamais un tel retard), grâce à une jeune femme que je voulais inviter à sortir (La logique était celle-ci : la personne était serveuse dans un café comme Amy Adams dans ce film, dixit la b-a, et voilà), juste avant d'être remplacé par Sucker Punch (qui mérite sa bande-annonce). Je déclare : Fighter fera partie de ma DVDthèque dès sa sortie le 16 ou 24 Août 2011 ! (grâce à ses qualités)

D'où ma volonté de critiquer ces délires promotionnels car je ne souffre pas de voir une bonne ou une mauvaise bande-annonce si le métrage ne m'intéresse pas.


Voici les films qui ont attiré mon attention cette semaine du 6 au 12 Juillet 2011 :

-Hop (2010) est un film d'animation, avec James Mardsen, interprète de cyclope dans X-Men, Kaley Cuoco, adorable et désespérée Penny dans The Big Bang Theory, Gary Cole, second rôle récurrent des comédies du Frat Pack. Les interprètes me sont familiers. Je les aime bien. Je n'ai pas de goût prononcé pour les films d'animation. Je jette donc un oeil sur la bande-annonce.

Histoire classique autour du conflit de deux générations, à savoir les parents et les enfants en mode lapin. Bref, le globe terrestre est en forme d'œuf de Pâques. Le fils est né pour faire du rock. Le père le trouve égoïste. Le lapin part à Hollywood. La première voiture qu'il rencontre sur son chemin manque de l'écraser. James Mardsen la conduisait. Hop s'avère donc être un film AVEC de l'animation en 3D. Il s'enfuit en courant après que sa raison soit mise à rude épreuve faisant face à un lapin qui parle. 43 secondes de bande-annonce et je me suis forgé une opinion négative.


-Hanna (2011) avec Saoirse Ronan, Cate Blanchett et Erik Bana. J'ai remarqué le casting de qualité, ce qui, pour un film d'action, est prometteur.

Une adolescente blonde en combinaison orange de taulard (le nom d'Hanna est prononcé au début de la bande-annonce ; je ne me suis donc pas trompé de b-a) a de la rancœur envers Marissa Wiegler. Cate Blanchett à l'écran. Hanna est sous la surveillance de Marissa Wiegler / Cate Blanchett. Cette dernière concède à la rencontre. Lorsqu'un double de Marissa à la perruque rousse vient voir Hanna (méfiance encore soulignée), cette dernière lui tord le cou sans prévenir. Hop, dans sa cellule, elle braque un pistolet vers la caméra. Cate Blanchett prend peur depuis son poste de contrôle. Hop, Marissa explique qu'Hanna a été formée par Erik Heller. Erik Bana à l'écran. Hop, Hanna court dans la neige un arc à la main. Elle se bat au couteau avec un type portant un manteau de fourrure. Hop, Hanna est couchée dans un lit avec une autre adolescente. Elles se promettent d'être amies. Hop, Hanna est à l'arrière d'une motocyclette conduite par un bel adolescent. Hop, un type aux cheveux teints en blond à l'air inquiétant joue avec un bâton. Marissa fait appel à ses services car sa hiérarchie lui impose des limites strictes. Hop, un corps est sorti de l'eau par un treuil. Hop, Hanna ouvre une porte de van et quitte sa récente meilleure amie en courant. Des spots font fusés de la lumière dans la nuit. Hop, Olivia Williams (tiens elle est là !) crie "Hanna !". Hop, entouré de draps séchant sur des cordes à linge, Erik Bana souligne à Hanna son rôle important d'éducateur. Hop, les noms au générique défilent en intermittence avec des images rapides de personnes armées, en voiture, en train de se battre ou de courir. Petite remarque sentie. Et le titre du film. Hanna donc.

Hormis les sous-lignages répétés et abusifs de films d'action dans la transmission d'informations (du genre : "attention ! danger sérieux !" et "attention ! ça va faire mal !") qui ne m'intéressent pas, l'histoire me semble stéréotypée au possible : la tueuse qui aurait préférée avoir une vie normale mais qui, hop , a été victime du passé de ses parents probablement ex-agents secrets, et, qui, hop, est pourchassée par un membre d'une organisation gouvernementale ayant recours à des crapules pour balayer leurs sales affaires. Hop, ça sent le réchauffé sous de belles images bien cadrées mais glacées.


-J'ai rencontré le diable (2010) de Kim-Jee-woon dont le titre est accrocheur.

Une voiture roule sur une route en pleine nuit et remarque un break blanc arrêté sur le bord. Une fourgonnette jaune devient visible après qu'un conducteur ait allumé les phares de son automobile. Une fenêtre de portière se brise. Quelqu'un a été heurté contre. Un cadavre est traîné sous la pluie sur un chemin terreux. Des policiers cherchent un corps. Ils ne trouvent que la tête. Un homme en imper pleure. Je le suspecte d'être inspecteur de police. Suit une série d'images montées très rapidement. Un type frappe quelque chose sur le sol entre ses jambes. Il se regarde dans un miroir. La musique est haletante et dramatique. L'inspecteur, dans un appartement, fixe la photo de l'énergumène qui était accroupi dans la boue à taper le sol. Hop, l'inspecteur marche dans la rue et évite un rayon de lumière. Il pose une question sur une photo d'un break blanc. "Son cauchemar ne fait que commencer." s'affiche à l'écran. Cela veut-il dire qu'il ne vaut mieux pas se lancer à la poursuite d'un criminel (même lorsque l'on est de la police) ? Montage alterné entre les deux hommes. Un peu de violence. Hop, course poursuite en voiture. Titre.

Dans le genre film policier coréen, l'ambiance de ce métrage a l'air glauque et palpitante. La séquence qui ouvre la bande-annonce me rappelle agréablement Memories of Murder. La suite semble donner place à une plongée dans une confrontation obsessionnelle. Amateur de ce type d'atmosphère, J'ai rencontré le diable pourrait me tenter d'acheter un ticket de cinéma cette semaine.


-Derrière les murs (2010) est d'après ce que suggère l'affiche un film d'épouvante avec Laetitia Casta en premier rôle. Ce qui n'a rien d'effrayant. Je vais donc me régaler en visionnant cette bande-annonce dont je sais qu'elle va m'amuser au plus haut point.

Bord de baignoire à l'ancienne (compter XIXème siècle). Deux mains s'y agrippent. Le geste est lent. Laetitia Casta est dans la baignoire. Sont-ce ses mains ? Peut-être puisqu'elle crie et fait remuer l'eau. Par ailleurs, Laetitia Casta prenant un bain n'est pas une idée qui me fait peur. Hop, de la vapeur de train. La Casta est sur un quai de gare en habits du dimanche. C'est étrange, ça fait des années qu'elle a l'impression d'avoir quitté Paris. Ne vient-elle pas d'arriver ? Hop, la Casta en voiture, dans le jardin, tapant à la machine à écrire sur une table à manger. Elle est à l'épicerie, dans un champ, et retour à la machine à écrire. Du papier froissé sur le sol. La Casta sait donc taper à la machine. Elle voulait nous montrer ses talents de sténo. Il s'agit peut-être d'une doublure mains. 40 secondes de b-a, un caillou passe par la fenêtre. De nuit ; c'est important pour la suite. De jour, une fille à la même fenêtre à laquelle la Casta veut apprendre à lire et écrire. Retour à la table à manger. La Casta fait l'avion avec la jeune femme sous un arbre. Hop, elle met ses mains sur les cheveux de sa protégée. La Casta tient à elle. Hop, la jeune fille, Valentine, disparait dans un effet de montage. Quelque chose d'indéfini s'avance dans la pénombre. Laetitia Casta se prend la tête à deux mains dans son lit puis dans une allée bordée d'arbres. Montage rapide. La Casta à l'église. Seconde vision de l'effet du montage de la disparition de Valentine. Machine à écrire. Une main agrippe une cheville de la Casta qui crie sous ses draps. Montage : la Casta regarde Valentine courir dans un champ. Plein de pénombre. Je n'y vois plus rien qu'une lampe à pétrole bouger dans trois plans. La Casta se jette dans les bras d'un bel homme torse nu. Un médecin examine une femme couchée dans un lit. Est-ce la Casta qui met le feu au salon ? Des ombres sur des portes. Hop, générique entrecoupé d'images. Laetitia réapparait. Violence et peur. Titre.

Beaucoup de répétitions pour si peu. Je n'en dirai pas davantage.


Une québécoise schizophrène-paranoïaque à Paris.
-Switch (2010). Frédéric Schoendoerffer oblige. Le metteur en scène de Scènes de crimes (1999) dans lequel André Dussolier et Charles Berling poursuivaient un serial killer, m'avait surpris en créant une atmosphère troublante. Je consulte donc son actualité même si Agents Secrets (2003) m'avait laissé le regret d'avoir perdu une dizaine de minutes de ma vie pour rien.

Switch raconte l'histoire d'une dessinatrice québecoise qui échange son appartement de Montréal avec une résidente parisienne le temps de ses vacances. Frédéric Schoendoerffer oblige, les choses se compliquent. Il y a aussi échange d'identités au détriment de la canadienne. Elle est confondue avec la propriétaire ou locataire du luxueux habitat : Bénédicte Serteaux. Sophie est arrêtée pour décapitation d'homme dans sa chambre à coucher. Eric Cantona mène l'enquête. On assiste donc à un concours du plus bel accent : du québécois ou du marseillais. La petite malheureuse a droit à une inspection psychiatrique car le site sur lequel elle a trouvé son bon plan troc sur le web n'a jamais existé. Sur ce, image du Québec. D'après Interpole, Sophie / Bénédicte est schizophrène paranoïaque recherchée pour usurpation d'identités et faux papiers (ça tombe bien). Eric Cantona veut que le conducteur de la voiture de police dans laquelle il occupe le siège passager "recule ! putain ! fonce ! merde !". On connaît le topo pour la fin de b-a haletante. Course-poursuite, mise en joue, voiture, etc ... ces séquences et ces plans sont-ils tournés pour la bande-annonce ? Titre.

J'ai compris que ce pitch d'histoire farfelue était proche du réactionnaire-sécuritaire maladif entourant le net. Hop, je zappe.


-Case départ (2010) a une affiche qui m'a donné envie de rire de l'affiche. J'avais déjà précisé dans cet article que j'étais cinéphile et patriote. Je m'étais indigné de la qualité des comédies à la française. Bis Repetita en prévision donc.

Split screen pour commencer. Un repris de justice dit qu'il s'en est bien sorti après seulement trois mois de placard pour trois braquages alors qu'il avait piqué le sac d'une "vieille". Présentation d'un vantard qui agresse les personnes du troisième âge. Suit un autre split screen, moins long, autre introduction de personnage : un fonctionnaire qui parle de chaleur. Ils se connaissent. Le premier est plus expansif dans sa démonstration de joie de retrouver le second que le second. Intertitre avec une question d'héritage. Puis les deux sont contents. Ils déchirent du papier. Est-ce pour fumer de la drogue douce ? Montage accéléré. La drogue douce était très forte. Les deux compères sont dans un champ (de blé ? et bin non, ils sont donc passés à côté de la blague du siècle). D'ailleurs, ils en ont changé de siècle. Ils se retrouvent esclaves dans le passé. Fallait-il préciser qu'ils avaient tous deux la peau noire ? Sacrément forte la drogue douce. Ils sont remontés non pas jusqu'au Moyen-Âge mais jusqu'à la Renaissance. Là, une grasse blanche maquillée en blanc habillée en blanc parle de "sales nègres".

1 minute 16 secondes de bande-annonce. Je vais m'arrêter là. L'esclavagisme et le racisme ne m'inspirent pas l'envie d'en rire.

lundi 4 juillet 2011

Terribly Happy

Dimanche 3 Juillet 2011
Hors du temps

De son magnifique titre international Terribly Happy, comme le montre l'affiche de gauche, est un polar excellemment ficelé. Et, de son titre original Frygtelig lykkelig, comme le montre l'affiche de droite, retranscrit bien ce que les danois vivent au jour le jour ; c'est-à-dire un bonheur insupportable.

Réalisé en 2008 par Henrik Ruben Genz, Terribly Happy se focalise sur un officier de police, Robert Hansen, interprété sobrement par Jacob Cedergren, qui, après une dépression nerveuse, est muté loin de Copenhague. Il est ainsi séparé de sa femme et de sa fille pour une période indéterminée. Au contact des autochtones d'une petite ville, le policier va se heurter à une hiérarchie inattendue et des coutumes sociales immuables. Seul un petit bout de femme va éveiller l'intérêt de Robert et son morne quotidien. Ingerlise Buhl, interprétée par Lene Maria Christensen, est mariée à une brute. La jalousie de ce dernier aidant, l'intérêt d'Ingerlise d'échapper à un mari violent aidant, et, la recherche du bonheur de Robert Hansen au sein d'une communauté pratiquant une acceptation contraignante et indiscutable aidant, l'intrigue se dessine autour de la mort d'un de ces trois protagonistes.

L'amour se vit mieux à deux.

La réalisation de Genz dont la narration visuelle est descriptive se concentre sur l'essentiel. Pas de lyrisme poétique ou de réflexion métaphysique dans ce film. Le premier degré plonge le spectateur dans la diégèse d'un divertissement à l'univers concret totalement maitrisé. Seul le nécessaire est filmé. Genz conte une sale histoire sans filtres ni détours aux intérêts matérialistes.

Les références à des genres cinématographiques préexistants sont discrètement adaptées à la culture locale et au paysage danois. Les codes du western et du film noir sont habilement imbriqués l'un dans l'autre pour construire un récit captivant aux rouages bien huilés. Les codes du western et du film noir sont utilisés aussi bien dans la thématique que visuellement.

Dans Terribly Happy, les codes du film noir servent à repousser le duel entre l'officier de police et le mari violent grâce à un jeu d'évitements malins. Tout tourne autour des connaissances que peuvent posséder les personnages tentés et/ou  corrompus par le crime. Les questions fusent quant à savoir quand l'un découvrira la vilénie de l'autre ou quand l'un arrêtera de se laisser manipuler par un autre. Les deux hommes cherchent en continuité à trouver le moment soit pour s'affronter soit pour s'éviter tant que la mariée n'est pas dans les bras de l'un d'eux. A noter la scène dérisoire de duel dérivée du western (voir photo ci-dessous).

Duel.

Les plans sur la rue principale, devant le poste de police, rappellent ceux des Main Streets de ville du far west. Cette image renvoie à la mythologie de l'opposition entre l'ordre et la barbarie. La perspective d'un horizon lointain nous promet un duel d'ennemis dans laquelle la police est impliquée (comme au temps des shérifs). L'extrait répétitif à la supérette concernant le châtiment à infliger au garçon voleur à l'étalage et l'itinéraire (d'intégration et amoureux) du policier renvoient au doute quant à savoir qui est le plus barbare de la civilisation ou de la brute (jouée par Kim Bodnia).

En attente d'un duel.

Terribly Happy se termine sur une conclusion habilement tenue en sourdine durant la durée du métrage. La lutte de deux hommes pour l'amour d'une femme est substituée par l'importance des intérêts d'un protagoniste tapis dans l'ombre dont la force est plus contraignante et les intérêts plus collectivistes. Cette vision crue et réaliste sur la vie en communauté défendant la liberté décrit à merveilles relations ambigües entre ordre, justice, amour, barbarie et vie en commun.

dimanche 3 juillet 2011

Rien à déclarer

Samedi 2 Juillet 2011
Nuit

Rien à déclarer, 2010, de Dany Boon raconte les rivalités de douaniers français et belges à l'heure de l'ouverture des frontières européennes. Ce film arrive après le plébiscite public de Bienvenue chez les Ch'tis en 2008. Le comique réalisateur s'extasiait qu'un tel succès lui permettrait davantage de libertés pour la suite de sa carrière. Donc Acte. Voyons ce que le faiseur du film le plus regardé de l'histoire de France nous a concocté les poignets détachés et les mains libres.

Passé l'introduction du film somme toute sympathique (la terre ne fait même pas un tour complet autour du soleil pour indiquer que sept années ont passé entre la nouvelle de l'ouverture des frontières et sa mise en pratique), Rien à déclarer annonce la couleur en posant une musique douçâtre et  inoffensive. Comme c'est touchant, le responsable de la douane française préfère sa machine à écrire et son papier carbone à la bestiole informatique, d'autant plus que le monstre numérique est coupable de bourrage de papier (quel étrangeté comique !). Comme c'est typique, la patronne de bar (interprétée par Karin Viard) demande à son mari (incarné par François Damien) si un douanier belge a payé pour le journal qui ne s'emprunte pas donc. Comme c'est ironique, bloquer les frontières pour les douaniers français signifierait travailler (notion contradictoire à celle de la grève -bien vu-), et, se mettre en grève pour ne pas bloquer les frontières viendrait à signaler que les douaniers soutiennent l'ouverture des frontières -bien vu encore-. Tout le monde est tout sourire, à part celui qui fait chier tout le monde, alias le patriote belge Poolvoerde. C'est bon, je suis dans l'ambiance. Ce film se situe au niveau des gens. Les bons gens. Les petits gens. Allez hop ! Pourquoi pas ? J'en suis un de petit. Je mesure 1m73, je travaille dans l'hôtellerie, et, à l'école primaire, j'avais une tête de moins que les autres.

Un journal qui ne s'emprunte pas.

Je peux d'ores et déjà féliciter Dany Boon pour le casting de ce film. Benoit Poolvoerde tient le haut de l'affiche (toujours une bonne nouvelle). François Damien et Karin Viard sont d'agréables comédiens à voir sur un écran de télévision. J'ai toujours eu un faible pour Karin Viard ; cause à une belle poitrine que j'ai du voir dans un métrage oublié depuis ou sur laquelle j'ai fantasmé à l'adolescence (je ne sais plus). Je suis l'un des rares dans mon entourage à trouver François Damien drôle ; ce qui a renforcé ma conviction qu'il l'est. A eux trois, ils me vont faire suivre le récit un petit bout de chemin. Suit le metteur en chef en personne, Dany Boon, du flim franco-belge (probablement) le plus regardé de l'histoire. Le cinéma, c'est comme la politique, on n'a pas toujours le choix des têtes de partis.

Belle poitrine : De qui parle-je ?

La musique a toute son importance. Elle participe à l'effet comique en le soulignant (tel une scène où un chien fait pipi sur le tapis, et, pof ! musique drôle, donc instant drôle) et remplace ainsi les rires enregistrés des sitcoms en tout genre. Le film ne fait pas dans la dentelle. Le rire est gras, à défaut d'être Ch'ti (LOL je suis en train d'être contaminé). Preuve : Le ciel et les étoiles appartiennent à la Belgique, amblance s'écrit avec un "U", et, un criminel ne sait pas comment faire une tête d'innocent.

Le comique s'envole lorsque la caricature du "gros con" entre en action : écouter Poolvoerde déblatérer sur les blagues belges est un délice, entendre l'éducation antifrançaise inculquée à son fils est un sublime supplice, et, qu'il préfère faire équipe avec une femme plutôt qu'avec un français apporte toute sa saveur à un personnage bien campé (même si, en temps additionnel, tout cela est de courte durée).

Et il croit en Dieu.

Le récit s'articule autour de la volonté du douanier français Ducatel / Boon (véritable niais au grand cœur) de s'attirer l'amitié du douanier belge Vandevoorde / Poolvoerde dont il rêve d'épouser la sœur qui ne fait rien sans l'accord de son frère trop fier d'être belge et qui plaque Ducatel parce qu'il est aussi haineux que son frère (???????????). Ils vont faire équipe en  voiture volante par devoir et par volonté de conciliation. Dany Boon va-t-il revisiter le buddy movie, genre dans lequel deux personnes que tout oppose vont finir par s'entendre ? Je ne sais pas encore (je fais de la critique live, le DVD est en pause) mais j'en doute.

Volontaire Ducatel qui veut se réconcilier avec la soeur de Vandevoorde qui sont tous deux suffisamment haineux pour que la sœur préfère son frère à son fiancé.

Dany Boon en profite pour dénoncer un certain nationalisme wallon et français en en riant, qui, en réalité, contexte historique et actualité oblige, manque sa cible. Les wallons ont, en 2011, depuis 2010, à se soucier d'un certain nationalisme flamand qui promet de ceindre la Belgique en deux. La comédie perd un peu de son charme (passéisme oblige) et en gagne (passéisme oblige). Les nationalismes promettent sans le savoir, à l'heure des frontières ouvertes, de détruire les pays de l'intérieur.

Pour rentrer dans les bonnes grâces de son futur beau-frère, Ducatel lui cire les pompes et utilise la fierté du bonhomme contre lui. Ainsi les blagues belges deviennent de la jalousie tournée contre le meilleur douanier de toute la frontière franco-belge. Les aléas du combat contre la drogue unissent les deux fonctionnaires frontaliers. Probable Happy End à venir surtout qu'un français enseigne l'humanisme à un belge.

Une chose est sûre. Après avoir vu la moitié de Rien à déclarer, il est agréable de constater qu'écrire sur une pelloche et un sujet qui m'intéressent rend la critique plus sympathique que lorsque ma plume s'attarde sur un film qui se trouve aux antipodes de mes conceptions cinématographiques, comiques (à part la caricature de Vandevoorde) et morales.

P.S. : Une voiture (de douane) "volante" supersonique est détruite par le duo de douaniers lors d'une course-poursuite. Il en est impossible de tirer par la fenêtre, dixit l'expression faciale de Vandevoorde lors de sa tentative. J'ai sauté tout un passage pour regarder malgré tout un bout de la fin. Mea Culpa.