La sélection de Donc Acte !

Donc Acte ! ne suit pas l'actualité cinéma à la loupe. Donc Acte !, qui s'est intitulé Le cinéphobe pendant une courte période, n'a pas pour passe-temps de visionner des pelloches de cinoche. Donc Acte ! ne va pas souvent voir une œuvre en salles. L'envie est rare. Le plaisir est d'autant plus intense lorsque je suis satisfait par une rencontre du 7ème art. Certains films m'inspirent des réflexions ; c'est ce que je souhaite partager. Je ne propose pas de thèses et il m'arrive de gâcher les histoires en racontant la fin. Vu que je ne mets pas ce qui a été fait de l'invention des frères Lumière sur un piédestal et que je suis des fois moqueur, Donc Acte ! peut ne pas plaire.

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jeudi 23 février 2012

Breaking the Waves

"Je suis ni nazi ni juif ... merde, qui suis-je donc dans cette société ?"

Breaking the Waves, Lars von Trier, 1996, Danemark/Espagne/France/Islande/Norvège/Pays-Bas/Suède, 2 h 37 minutes de long.

Quand le film est sorti au cinoche en 1996, je devais avoir 18 ans et je me suis dit, du peu que j'en connaissais, que je n'avais aucune envie de voir une femme pratiquer l'infidélité pour combler les fantasmes sadomasochistes de son mari handicapé. Je vous prie de bien croire que je ne possède pas de tels désirs en moi. Cette histoire m'avait choqué avant même d'en voir une seule image (je vous prie de bien y croire aussi). Je n'avais pas du tout envie de voir ça. Surtout que ça sentait le mélodrame à plein nez (cris, larmes, fracas et interrogations métaphysiques). Ce qui m'avait d'ailleurs poussé à me poser 2 questions pour m'en tenir à l'écart :
-Comment se fait-il que le personnage d'Emily Watson n'ait pas songé à tuer son mari sur son lit de malade ?
-Comment se fait-il qu'elle n'ait pas songé à lui ramener des amants en leur proposant une aventure homosexuelle avec un handicapé ?

Plus d'une dizaine d'années plus tard,  j'ai été sévèrement émerveillé par le jeu d'actrice d'Emily Watson. S'il y a bien une chose pour laquelle est douée le réalisateur danois Lars von Trier, c'est pour donner de beaux rôles de composition à des actrices. Nue ou habillée, Bess McNeill/Emily Watson est tout simplement craquante, émouvante et attendrissante en femme trop docile (dont le tempérament est d'ailleurs aussi tendre que celui d'Oskar dans Morse) qui prend ses vœux de mariage un peu trop à la lettre.

Emily Watson, craquante avec son sourire, son regard complice, ses gants, son bonnet et son écharpe

Par contre, 2h37 d'images granuleuses et tremblantes pour entendre dire de l'épouse chérie qu'elle s'est trompée en acceptant ce marché de dupes me font penser que Lars von Trier est bien prétentieux pour estimer ces derniers mots émouvants et ce message primordial. Il a beau affirmer qu'un cadre qui bouge tout le temps donne plus de vie à l'image. C'est surtout la compassion du spectateur pour le parcours émotionnel de Bess McNeill qui fonctionne plus que l'efficacité de la mise en scène du cinéaste dogmatheux. Moi, je commence à considérer que ce type croit trop fermement en son talent, du genre "mes histoires sont tellement bonnes que je pourrais vous pousser à l'extase avec mon génie en narrant des photogrammes d'un de mes récits collés sur un fond de cale rouillée et en les éclairant avec un smartphone". De plus, le choix de Jean-Marc Barr comme éternel fond d'écran rappelle tous les quart-d'heure que les accointances avec des types qui ont le sourire bien niais du type qu'est content d'être là (et ce depuis Le grand bleu de Luc Besson en 1988, en voilà un qui a su capitalisé sur pas-grand-chose), c'est de l'exploitation pure et dure.

Question Quizz : lequel des 2 est Jean-Marc Barr ?

mercredi 30 novembre 2011

Baenken / Bänken / The Bench

Mercredi 30 Novembre 2011
Les amoureux des bancs publics ... (rien à voir avec la photo de l'affiche)
Quelque soit la langue, c'est toujours le même titre.
Il y a plus d'un banc dans le film.


Baenken / Bänken / The Bench, Per Fly, 2000, Danemark-Suède.

Il y a des fois comme ça, j'ai envie de regarder un film social. Ça m'intéresse. Sauf l'appellation "social". Je considère tous ces bouts de pelloche comme étant "à vocation" car chacun d'entre eux peut être catégorisé différemment. The Full Monty (Peter Cattaneo, 1997), Kind Hearts and Coronets (Robert Hamer, 1949) et The Man in the White Suit (Alexander Mckendrik, 1951) sont des comédies britanniques. After the wedding (Susanne Bier, 2006) est un drame international. Night and the City (Jules Dassin, 1950) est un film noir. Submarino (Thomas Vinterberg, 2010) est, selon son auteur, soit un drame psychologique poignant soit un film déprimant son audience qui refuse donc de le regarder jusqu'au bout. Fighter (David O' Russell, 2010) est un film de boxe. Rosetta (les frères Dardenne, 1999) a mérité la palme d'or 1999 au festival de Cannes. The Wire (Simons-Burns, HBO, 2002-2008) est une série policière. Baenken / The Bench (Per Fly, 2000) est une œuvre méconnue très touchante qui décrit les actes d'un individu mal considéré qui s'autodétruit avec l'abus d'alcool.





Per Fly a écrit et mis en scène trois films sur trois classes sociales. Avec Baenken (titre danois qui s'écrit Bänken en suédois et The Bench pour le titre international), en l'an 2000, sur la classe la moins fortunée de son pays le Danemark, Arven (Inheritance), en 2003, sur la classe aisée, et, Drabet (Manslaughter), en 2005, sur la classe moyenne, Per Fly a concentré ses efforts sur les liens familiaux dans ces milieux. Il a étudié les différences de niveaux dans les rapports angoissants entre la famille, l'argent et la solidarité.



Dans Arven/Inheritance, la question de l'union est centrale pour préserver l'héritage après la mort du père/patron. La famille se soude pour faire face aux troubles connus par la grande entreprise familiale. Cette force porte préjudice aux employés en licenciant du personnel compétent jusqu'aux plus proches collaborateurs (le beau-frère) et sauve la compagnie. Ce long-métrage ne m'a pas intéressé car le travail d'emphase envers le personnage principal incarné par Ulrich Thomsen manque d'efficacité et le rythme est très lent sans justifier ce choix de tempo (la famille œuvre dans l'urgence).

Dans Drabet/Manslaughter, le couple engagé socialement (des professions libérales de classe moyenne) est victime de la proximité de ses partis pris politiques avec des individus dangereux et du gain de cause donné à leurs mouvements révolutionnaires ; le couple est sujet à l'adultère (profession libérale peut signifier "revenu et individu libérés de toutes attaches") et à la dissimulation de crimes. Ce long-métrage a une intrigue très intéressante mais manque de rythme ; pour 1h40, il semble en faire le double. Per Fly a tout simplement mis un pied sous sa caméra.


Avec Baenken, Per Fly traite le thème de l'éclatement de la cellule familiale en milieu défavorisé. C'est à partir de la pensée "pas d'argent, pas de famille" que l'objectif principal de l’intrigue est la réunification. Kaj (interprété par Jesper Christensen) est un homme qui passe ses journées à picoler sur un banc. Il n'a pas vu sa fille Liv depuis 19 ans qui, fuyant un mari violent, emménage avec Jonas, son fils de 6 ans, dans l'immeuble de logements sociaux d'à côté. Kaj décide de dissimuler son identité mais, sous la pression de son seul ami Stig, il doit garder son petit-fils et commence à renouer le contact.

Kaj (Jesper Christensen)


Le film a été produit par Zentropa, la société de production du provocateur danois Lars von Trier, mais Per Fly est un humble artisan. Bien que Baenken ait certaines caractéristiques proches du Dogme95, il n'a pas été labellisé comme tel. Apparemment tourné en vidéo, le montage est sec et rapide. Per Fly a su tourner caméra au poing ; il a dû penser cinéma=montage et action=présent pour transmettre un rythme contrôlé à un film à vocation. Malheureusement, la musique est de mauvaise qualité dans la première partie. Elle essaye d'insuffler une tonalité légère et humoristique (trois notes brèves répétées pour souligner la comédie de situations qui ne sont pas drôles du tout) et sentimentaliste (l'enfant joue au ballon) inutile et dissonante. Son volume est néanmoins discret et ne gâche pas la transmission des émotions par l'image (ce qui est montré à l'écran est convaincant et prenant). Par la suite, elle prend une juste mesure des événements dramatiques.

Kaj et Stig


Le portrait de Kaj, individu borderline (traduction française littérale : limite, traduction française colorisée : grande gueule) est bien taillé, sans misérabilisme aucun. Il est une convaincante critique d'un alcoolique. La réalité dépeinte est celle d'un quotidien bien intégré et reproduit sans évolution et sans recherche d'un autre mode de vie. Kaj a sa façon d'être et emmerde le monde qui veut lui imposer ses règles. Les autres protagonistes et Kaj se chamaillent et se côtoient. Ils sont heureux comme ça. Lui qui est si fier d'être qui il est, Kaj possède une seule tâche sombre dans son existence : celle du refus de l'identification lorsque ses descendants directs refont surface. Il les avait effacé de ses récits et de sa mémoire mais les difficultés de ces derniers le pousse à reconsidérer son propre état.

Kaj et son petit-fils Jonas


Baenken transmet de fortes émotions par la suite dans des moments de démonstration de souffrance sans retenue mais Per Fly n'exagère jamais le mal pour choquer. Il montre les réactions de ses différents personnages (comme la rechute violente de Kaj dans l'alcoolisme) en les critiquant. Toute cette atrocité rend la déchirure émotionnelle qui torture chacun d'entre eux pénible. J'en ai espéré une résolution positive plus que bienvenue. Ce petit film aux premiers abords paisibles dévoile une face obscure contenue avec justesse dans sa première partie. La question qui reste est la suivante : Kaj, sa fille Liv et son petit-fils Jonas vont-ils réussir à s'entendre ?


dimanche 4 septembre 2011

Melancholia : le prélude

Dimanche 4 Septembre 2011
Jour

Melancholia, Lars von Trier, 2011, Danemark-Suède-Allemagne-France.

La mélancolie est un dégoût de l'existence, une faible motivation et un minimum de désir pour les choses les plus élémentaires (sexualité, travail, amour, amitiés, entretien de soi, aide de l'autre, ...). Comme la naissance d'une idée, la réjouissance de brefs instants collectés en souvenirs sont rejoués en boucle avec plaisir selon différentes variantes et interprétations. Un mélancolique se contente de bribes de vie car l'essentiel se trouve dans sa propre pensée (lieu de l'origine et de l'aboutissement de tout) où la déformation est de rigueur. Le procédé de fabrication du bonheur se suffit de minuscules satisfactions. La construction pour le long-terme n'est pas essentielle. Habitué à envisager le pire, la mise en scène de sa mort attire même le mélancolique.




La condition

J'ai personnellement mis le temps pour écrire cet article. Je ne voulais pas lâcher les quelques plaisirs que m'ont procuré Melancholia. La projection du film s'étant parfaitement déroulée, j'éprouve quelque nostalgie envers ce moment délicieux. Tranquillement installé au premier rang de la mezzanine du Max Linder Panorama le samedi 13 Août 2011 à la séance de 11h30 du matin (j'ai payé mon ticket une somme correcte : 5,50 euro), j'assistais à la projection de Melancholia dans une salle essentiellement vide. 



Melancholia de Lars von Trier se divise en trois parties : la première partie est une introduction musicale qui fait partager le rêve récurrent de Justine au spectateur, la seconde partie présente le personnage de Justine lors de son mariage et sa réaction à l'approche de la fin du monde, et, la troisième partie introduit l'univers dans lequel sa sœur Claire évolue et dans lequel Justine paraît être malade.


La jouissance esthétique et la force d'abstraction cinématographique

L'introduction de tableaux mouvants au ralenti représentants les différentes étapes de Melancholia se déroulent sur le prélude de Tristan & Isolde de Richard Wagner. Cette séquence fait office de prélude musical (à la manière des films hollywoodiens à grand spectacle des années 1950 tels Lawrence d'Arabie et Ben Hur pour concurrencer l'essor de la télévision). Les émotions sont guidées par l'éblouissante partition qui permet d'entrer dans l'univers de Melancholia. J'ai pu prendre connaissance des moments-clés (telles la course sur le terrain de golf et la mort du cheval) tout en partageant l'état euphorique et jouissif de Justine. Cette introduction officie tel un rêve commun pour le spectateur et Justine (qui évoque dans la première partie le tableau d'elle-même enlacée par des herbes noires). Il est très important que l'apocalypse soit présenté sur un mode de prescience. Dans la première partie Justine, la destruction de la Terre n'est pas mentionnée. Cette présentation permet donc de tolérer et d'expliquer le comportement de Justine (et des autres participants, le tout en relation directe avec la fin du monde) lors du mariage qui aurait pu générer de l'incompréhension et créer une frustration et un désaveu pour le protagoniste central incarné par Kirsten Dunst, vecteur du propos de Melancholia. Les rouages précis du récit sont préservés pour la durée du développement narratif mais la compréhension est facilitée pour saisir les tenants et aboutissants de Melancholia. Dans la partie qui lui est dédiée, Justine s'intéresse à Antares sans que la raison ne s'explique. La gravité de la situation s'invite dans la fête. Cette étoile de la constellation du Scorpion disparait à la fin du premier chapitre Justine accentuant la proximité temporelle de la collision entre la grosse planète bleue (lol ... on ne sait pas encore qu'elle s'appelle Melancholia) et la Terre. L'utilisation cinématographique de l'abstraction par Lars von Trier aide la jouissance esthétique du spectateur en faisant partager la douce embrassade de Justine qui se berce de plaisir à rêver de l'anéantissement à venir.













Intervient le titre de Melancholia marquant une brusque rupture de style visuelle et sonore (un silence soudain s'impose). Lars von Trier a finit de présenter sa fin du monde.



mercredi 20 juillet 2011

Festen (Dogme95 No 1)

Mardi 19 Juillet 2011
Nuit

Dogme95 No 1 Festen est un film réalisé par Thomas Vinterberg en 1998. Le métrage inaugurait la volonté du metteur en scène danois de respecter un vœu de chasteté cinématographique correspondant à la charte du dogme95 écrite par Lars von Trier et lui-même à Copenhague le 13 mars 1995 et proclamée au théâtre de l'Odéon à Paris lors d'une rencontre sur le centenaire du cinéma le 20 mars de la même année.

« Vœu de chasteté
Je jure de me soumettre aux règles qui suivent telles qu'édictées et approuvées par Dogme95

1. Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d'un accessoire particulier pour l'histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent).
2. Le son ne doit jamais être réalisé à part des images, et inversement (aucune musique ne doit être utilisée à moins qu'elle ne soit jouée pendant que la scène est filmée).
3. La caméra doit être portée à la main. Tout mouvement, ou non-mouvement possible avec la main est autorisé. (Le film ne doit pas se dérouler là où la caméra se trouve; le tournage doit se faire là où le film se déroule).
4. Le film doit être en couleurs. Un éclairage spécial n'est pas acceptable. (S'il n'y a pas assez de lumière, la scène doit être coupée, ou une simple lampe attachée à la caméra).
5. Tout traitement optique ou filtre est interdit.
6. Le film ne doit pas contenir d'action de façon superficielle. (Les meurtres, les armes, etc. ne doivent pas apparaître).
7. Les détournements temporels et géographiques sont interdits. (C'est-à-dire que le film se déroule ici et maintenant).
8. Les films de genre ne sont pas acceptables.
9. Le format de la pellicule doit être le format académique 35mm.
10. Le réalisateur ne doit pas être crédité.

De plus je jure en tant que réalisateur de m'abstenir de tout goût personnel. Je ne suis plus un artiste. Je jure de m'abstenir de créer une « œuvre », car je vois l'instant comme plus important que la totalité. Mon but suprême est faire sortir la vérité de mes personnages et de mes scènes. Je jure de faire cela par tous les moyens disponibles et au prix de mon bon goût et de toute considération esthétique.
Et ainsi je fais mon Vœu de Chasteté
Copenhague, Lundi 13 mars 1995
Au nom du Dogme95
Lars Von Trier, Thomas Vinterberg »

Récompensé à Cannes du Prix du Jury en 1998, le vœu des deux cinéastes danois de marquer l'ouverture du second centenaire du cinéma était officiellement adoubé. Le long-métrage réalisé dans des conditions techniques proche de l'amateurisme a connu une distribution internationale et jouit encore d'une renommée sans faille. Thomas Vinterberg, qui voulait se garder de créer des "œuvres", a réalisé un chef d’œuvre et est considéré comme étant un artiste.


Le récit du film s'attache à la volonté d'un fils, Christian Klingenfeldt (Ulrich Thomsen), de dévoiler un lourd secret de famille devant le parterre de sa communauté de sang au complet. Aidé en cela par le devoir de mémoire et le respect dû à sa défunte sœur jumelle Linda, Christian fait éclater la vérité sur son père Helge Klingenfeldt (Henning Moritzen). Rejeté et conspué par sa famille festoyant, Christian doit poursuivre sa lutte. Il est soutenu par une poignée de personnes pour l'aider à imposer sa voix face à celle d'un patriarche dominant.

Conformément à la règle 7, Festen se déroule au présent et sur place. Considéré que l'acte qui fonde les motivations de Christian est passé, Vinterberg met l'accent sur la confrontation père-fils et non sur le secret l'unissant à sa sœur jumelle et son paternel. Cet affrontement est traité en substance dans la durée minime du temps d'une fête de famille dans l'hôtel du patriarche qui est aussi la maison d'enfance de Christian. Le récit proche du temps réel s'appuie sur la résistance de Christian à l'opposition violente de ses congénères, sur sa détermination (les faits dénoncés reposent sur sa parole) et la durée qu'il va se montrer capable d'endurer. 

La problématique tourne autour des moyens d'affirmation et d'acceptation de la vérité. Même si l'emphase du spectateur est du côté de Christian, la caméra portée suivant le jeu délicat et en retenue d'Ulrich Thomsen, le regard du cinéaste s'attarde sur les personnages du père, de la mère et du frère défendant leurs intérêts et renvoyant Christian à son attitude relationnelle en famille, et, à la possibilité du mensonge et de la calomnie ; ce à quoi concède Christian après sa première charge en se justifiant par un défaut de mémoire (soutenu par la culpabilité et l'identification à son agresseur passé).

Ainsi Vinterberg place une lettre qui, comme dans une pièce de théâtre, circule entre plusieurs mains "au présent" et qui contient la vérité. Les détournements temporels qui auraient pu donner lieu à l'utilisation de flash-back indiquant la nature du secret et accusant le père avant la fin du film sont exclus. La résolution du récit repose sur la victoire de la vérité. Dans la première scène où Christian se retrouve seul en présence de son ennemi familial, Thomas Vinterberg le montre pris d'une manie compulsive révélatrice. Le cinéaste danois respecte ici les règles 7 et 6 de la charte du Dogme95. Par respect de la règle 6, l'action superficielle n'est pas montrée. Le secret honteux et la faute reprochée font partie de la catégorie des meurtres, des armes, etc. qui ne doivent pas apparaître.


Mais les révélations que Christian fait sont consolidées par un traitement qui refuse la neutralité et souligne le conflit pour imposer les faits face au parti pris. Ses soutiens sont persuadés de la véracité de ses dires. Il ne manque qu'à Christian que la preuve matérielle irréfutable qui discréditerait son père à la connaissance de la famille. Son autre sœur est en possession de la lettre de la sœur jumelle, une autre voix, une voix d'outre-tombe (qui a purifié son corps en se suicidant par noyade dans une baignoire), mais elle se refuse à admettre la vérité qu'elle y a lu. Festen est le spectacle de l'affrontement de voix. Qui de la vérité ou du plus convaincant s'impose ? Là est le sel de ce film que je vous laisse découvrir si vous ne l'avez pas vu.



P.S. : Histoire de taquiner Thomas Vinterberg, la règle 1 du vœu de chasteté ne semblait pas être respectée dès le premier film labellisé Dogme95. La question est de savoir si le jeu flêché et la lettre de la défunte sœur étaient déjà dans les lieux où Festen a été tourné, ou, s'ils font partie d'accessoires du film amenés par l'équipe. Si le second cas est le bon alors la règle est enfreinte. Rappel de la règle 1 : Le tournage doit être fait sur place. Les accessoires et décors ne doivent pas être amenés (si on a besoin d'un accessoire particulier pour l'histoire, choisir un endroit où cet accessoire est présent). Il faut donc croire que le petit mot de la sœur jumelle de Christian était un accessoire présent dans la maison choisie pour le tournage. Thomas Vinterberg a donc préféré cet endroit parce qu'il y avait des flèches et petits animaux dessinés dans une chambre et une lettre cachée dans un lustre.

jeudi 30 juin 2011

Idioterne (Dogme95 No 2)

Mercredi 29 Juin 2011
Nuit

Film danois réalisé en 1998 par Lars von Trier, Idioterne, en français Les Idiots, présente un collectif d'individus décidés à nuire à l'ordre public en jouant aux attardés mentaux. Ils créent volontiers la zizanie, usent et abusent de la bonté des gens (gratuité au restaurant), se posent en décalage des normes sociales (squatter une place de parking pour handicapés, un homme utilise les douches féminines de la piscine municipale), et, construisent leur emploi du temps pour rire en taquinant et se moquant d'eux-mêmes et des autres. Le Dogme No 2 est un pamphlet contre l'idiotie dans sa forme d'antithèse de société bourgeoise et de classe moyenne hiérarchisée, ordonnée, conservatrice, respectueuse et productive.

Le style documentaire du film embarque le spectateur, entre interviews des divers protagonistes, sur les lieux de leurs pérégrinations et nous montrent leurs amusements puérils. La Betacam permet une infiltration chez l'autre sans empathie pour les idiots. Ils n'ont aucune intimité. Ils ne semblent n'avoir ni tabou ni émotions ni respect de l'autre. Ils ne vivent pas chez eux. Le passage éclair de l'oncle dans sa maison (élément déclencheur) que le groupe squatte rappelle en opposition aux normes du travail et de la conservation que le collectif rejette.

Puis quelques individus viennent leur projeter un reflet que les idiots repoussent (des acheteurs pour la maison) ou qui les détruisent moralement (de véritables attardés mentaux) et commencent à les désunir. Leur idiotie qui semblait d'abord être mise en balance par Karen, une nouvelle venue, une jeune femme fauchée, qui ne sait pas pourquoi elle se laisse embarquer dans l'aventure, est en fait contagieuse. Karen est de plus en plus affectée par cet environnement après s'être même demandée si elle avait le droit au bonheur. Cette question met en perspective le raisonnement qui est celui des idiots jusque là : le bonheur se conçoit dans l'anomie. Plusieurs sont en repos ou en vacances de leurs vraies vies (boulot, famille) ; ils sont dans cette expérience pour échapper aux responsabilités (ni conséquence ni miroir ni punition) alors que Karen était déjà à la dérive avant de les rencontrer. L'amusement des idiots provoquent la chute des fragilisés par la vie et nécessite de franchir des étapes pour aller vers quelque chose de plus compromettant et dangereux en interne.

Karen à gauche.

Survient la défense des intérêts du groupe. Un conseiller municipal puis le père de Joséphine viennent apporter deux contre-points à la philosophie du bonheur des idiots. En premier lieu, la corruption. Afin de les faire déménager, la mairie leur offre de l'argent sans leur faire la morale. Puis, le parent leur oppose l'indifférence et le mot fameux : "In Vino Veritas" soulignant ainsi l'enivrement des imbéciles qui sortent d'une orgie (attention ! il y a des plans explicites à l'écran) et qui se croient éclairés de génie. Une limite se dessine. Josephine a besoin de prendre des pilules qu'elle a abandonné au domicile parental. Même si elle est très heureuse en idiote, chez les idiots, on ne se soigne pas. Les idiots ne peuvent apporter aucune aide. Ils n'y font que semblant d'être malade. La confrontation entre ce monde loin de tout et celui où leurs proches attendent leur retour fait exploser le collectif.

Film rude à visionner mais enrichissant. Idioterne est plus approprié à mon goût concernant l'existence en dehors de la société (ici en micro-société) que les récits sur les retours à la nature tel Jeremiah Johnson (1972) de Sydney Pollack ou Into The Wild (2007) de Sean Penn, deux visions assez romantiques sur une autre vie et (donc) une autre mort.

lundi 27 juin 2011

Forbrydelser (Dogme95 No 34) 1ère partie

Dimanche 26 Juin 2011
Nuit

Pris par l'envie de poursuivre un cycle de films tournés en DV (l'excellente surprise d'Ellie Parker était inspiratrice), j'ai consulté le catalogue de films en rade qu'il me reste à visionner. Ainsi je peux promettre, si la qualité se tient et que les yeux ne me sortent pas de la tête, à chroniquer dans les prochains jours les métrages suivants : Idioterne Dogme No 2 de Lars von Trier, 1998, (filmé en DigitalBetacam), et c'est tout ... Riget, série télévisée de von Trier a été tournée en 16 mm et gonflée en 35 mm, et 2 Days in Paris de Julie Delpy a été filmée directement en 35 mm. Désillusion. Chemin de traverse. Possibilité de changer de nom et d'identité. Non. La honte d'y avoir cru à tort n'aura pas raison de moi. Et dire que j'ai fait une école de cinéma. Je reviens à la réalité. Pitié. Ces vérifications pourraient bien avoir tué dans l’œuf une idée qui n'en était pas forcément une bonne, notamment du point de vue de la santé mentale. Peut-on vivre dans un univers que l'on se représente avec l'aspect crade de la DV même sur une courte période de trois ou quatre jours ? Je ne crois pas.

Forbrydelser, traduit en français, veut dire crime, délit, illégitime, péché, ou plus simplement, infraction punie par la loi. Il s'agit d'un film danois dramatique. Il est plus connu sous son patronyme international In Your Hands et a été réalisé en 2004 par Annette K. Olesen. Il a rempli les conditions de la charte du dogme Vinterbergien/vonTrierien dont il est le No 34 de la série d'après le certificat délivré officiellement qui ouvre le film.

Marion
Interprétée par Sonja Richter, Marion, une pasteur épanouie dans la vie, en osmose avec son compagnon, a demandé à être mise en poste dans une prison. Elle espère partager sa foi en Dieu avec d'anciennes criminelles.

Après 13 minutes de film, la présentation très classique ne convient pas au format choisi pour introduire l'histoire. Un style classique est préféré à la direction coup-de-poing, plus en phase avec l'esthétique propre, et, plus rapprochée de la manipulation de la DV. La corrélation entre moyen de narration et récit n'est pas travaillée. L'ensemble reste froid et distancié. Le grand nombre de plans larges, d'ensemble et en pied choquent par leur présence. La caméra expose des bribes de scènes et contraint le spectateur à la lassitude envers l'arrivée de l'élément déclencheur.

Se dessine néanmoins, basée sur mon intuition propre, une ligne directrice que pourrait suivre le film : celle d'une détenue taiseuse, Kate, interprétée par Trine Dyrholm, qui chercherait à aider une camarade dépendante de la drogue sans savoir comment faire, et, viendrait à demander conseil à la pasteur fraîchement débarquée. Quoique la jeune femme dans le besoin se tourne vers la responsable religieuse. Conflit en perspective entre anges-gardiens ? Une affaire séduisante pour moi.

Kate
Mais, le personnage mystérieux nommée Kate a une relation particulière avec le seigneur, dixit l'ancienne droguée. Elle lui parle et vice versa (ou l'inverse). Kate a des pouvoirs guérisseurs.

Voilà que cette dernière annonce à Marion qu'elle est enceinte alors que Marion sait qu'elle-même est stérile ou quelque chose dans le genre (car elle achète quand même un test de grossesse en pharmacie). Son mec s'énerve. Ils ont dépensé trop d'argent et de temps auparavant là-dedans. Tout cela devient épais comme l'eau. J'ai envie d'arrêter après 23 minutes 15 secondes de film. Donc acte.